XV.

Arrivons au dialogue intitulé le Phédon. Nous avons vu l'homme, nous allons voir la doctrine; puis nous assisterons à la mort, et nous verrons comment elle est le sceau de cette admirable vie de philosophe.

Le Phédon contient à lui seul plus de véritable philosophie spiritualiste que tous les autres dialogues de Platon. L'heure, la mort, la gravité du passage de cette vie à l'autre, que pressent Socrate et qui émeuvent Platon, ne permettent ni au philosophe ni à son disciple de perdre leur temps et le nôtre dans les puériles arguties de leur dialectique oiseuse. Qui a lu le Phédon connaît ce qu'il y a de mieux à connaître de la philosophie de Socrate et du génie de Platon. Suivez-moi donc, je vais vous déblayer la route.

Mais un mot d'abord sur l'origine antique et mystérieuse des belles et saintes idées que Socrate et Platon vont développer dans ce dialogue; car rien ne vient de rien, et la philosophie grecque, qui devait bientôt, après Platon, servir d'ancêtre à la philosophie des écoles chrétiennes de Byzance et d'Alexandrie, avait certainement elle-même des ancêtres. Ces ancêtres, selon nous, qui avons profondément scruté l'Orient religieux, philosophique et poétique, se retrouvent d'abord au fond de l'Inde primitive, puis au fond des dogmes, encore indiens, de l'Égypte.

Indépendamment de cette révélation innée, qui est, selon Platon et selon nous, la première idée de notre âme, car on ne peut concevoir l'âme sans idée, il y a eu une révélation primitive, et il y a une série de révélations successives, médiates ou immédiates, anneaux de la chaîne qui suspend les premières vérités nécessaires aux dernières vérités qui achèveront l'œuvre du monde moral.

Nous vous parlerons ailleurs de la philosophie des Indes; un mot aujourd'hui sur celle de l'Égypte.

XVI.

Vous savez que les Égyptiens, évidemment colonie intellectuelle du haut Orient, divinisèrent symboliquement la nature entière sous le nom d'Isis; ils lui jetèrent dans ses figures un voile sur le visage, comme pour signifier le mystère sous lequel elle cache mais laisse entrevoir ses vérités. Le plus sage des peuples est évidemment celui qui a le premier écrit sur l'univers ce mot mystère, car mystère est aussi le dernier mot de toute science, de toute sagesse et de toute vérité jusqu'à la consommation des temps. C'est le plus bel hymne que l'homme puisse chanter à l'incompréhensible, c'est-à-dire à Dieu.

Cependant un livre unique, échappé aux incendies, aux débordements, aux sépulcres de l'Égypte, soulève un coin de ce voile jeté sur le front de l'Isis égyptienne, et révèle une partie des mystères de la philosophie primitive. La ressemblance de cette philosophie occulte avec la philosophie de Socrate et de Platon est trop complète pour que cette similitude soit l'œuvre du hasard. On en conviendra après avoir lu le Phédon. On le conjecturera avec plus de vraisemblance encore, quand on saura que Platon, l'éditeur plus ou moins fidèle des dogmes de Socrate, était allé, avant d'écrire, consulter les prêtres et les philosophes égyptiens.

XVII.