«Mais il n'est pas aisé de vous en convaincre!
«Maintenant voilà Platon, voilà Criton, voilà Cléobule et Apollodore qui veulent que je me condamne à une amende de trente mines, et qui en répondent; eh bien! je m'y condamne, et assurément voilà de valables cautions que je vous présente!»
Ici, il est interrompu par les juges, qui, impatientés de cette impassibilité badine, prononcent la peine de mort.
XIV.
Socrate reprend avec la même indifférence:
«Dans ma défense, ce ne sont pas les paroles qui m'ont manqué, Athéniens, mais l'impudeur. Je succombe pour n'avoir pas voulu vous dire les choses que vous aimez à entendre. Mais le péril où j'étais ne m'a pas paru une raison de rien faire qui fût indigne d'un homme libre.
«Ni devant les juges, ni dans les combats, il n'est permis, ni à moi ni à d'autres, d'employer tous les moyens pour éviter la mort; et ce n'est pas là ce qui est difficile que d'éviter la mort, il l'est beaucoup plus d'éviter le crime, qui court plus vite que la mort! C'est pourquoi, déjà vieux et cassé comme je suis, je me suis laissé atteindre par le plus lent des deux, la mort; tandis que le crime s'est attaché à mes accusateurs, plus jeunes et plus agiles que moi. Je m'en vais donc subir la mort. Je m'en tiens à ma peine, et eux à la leur.»
Il disserte ensuite un moment avec une sérénité complète sur les avantages comparés de la vie et de la mort.
«Mais il est temps que nous nous quittions, dit-il en finissant, moi pour mourir, vous pour vivre. Qui de nous a le meilleur partage? Nul ne le sait, excepté Dieu.»
On l'emmène, et il va mourir. Voilà l'Euthyphron; la préface, ou plutôt l'exposition du drame philosophique.