Les sanglots des disciples éclatent à ce moment; Phédon s'enveloppe la tête de son manteau pour cacher ses larmes; Criton, ne pouvant les retenir, sort; Apollodore jette des gémissements et des cris.
«Que faites-vous, dit Socrate, ô mes bons amis? N'était-ce pas pour éviter ces faiblesses que j'avais écarté les femmes? car j'ai toujours entendu dire qu'il faut mourir sur de bonnes paroles.»
XXVIII.
«Cependant Socrate, qui se promenait, dit qu'il sentait ses jambes s'alourdir; il se coucha sur le dos, comme l'homme l'avait indiqué. En même temps, le même homme qui lui avait donné le poison s'approcha, et, après avoir examiné quelque temps ses pieds et ses jambes, il lui serra le pied fortement et lui demanda s'il le sentait: Socrate lui dit que non. Il lui serra ensuite les jambes, et, portant ses mains plus haut, il nous fit voir que son corps se glaçait et se roidissait, et, le touchant lui-même, il nous dit que, dès que le froid gagnerait le cœur, alors Socrate nous quitterait.
«Déjà tout le bas-ventre était glacé; alors Socrate, se découvrant, car il était couvert:
«Criton, dit-il, et ce furent ses dernières paroles, nous devons un coq à Esculape[3]; n'oublie pas d'acquitter cette dette.
«—Cela sera fait, répondit Criton; mais vois si tu as encore quelque chose à nous dire.»
«Il ne répondit rien, et, un peu de temps après, il fit un mouvement; alors l'homme le découvrit tout à fait: ses regards étaient fixes. Criton, s'en étant aperçu, lui ferma la bouche et les yeux.
«Telle fut, Échécratès, la fin de notre ami, de l'homme, nous pouvons le dire, le meilleur des hommes de ce temps que nous ayons connus, le plus sage et le plus juste de tous les hommes.»