«Tant que les philosophes ne seront pas rois, ou que ceux qu'on appelle aujourd'hui rois et souverains ne seront pas vraiment et sérieusement philosophes; tant que la puissance politique et la philosophie ne se trouveront pas ensemble, et qu'une loi supérieure n'écartera pas la foule de ceux qui s'attachent exclusivement aujourd'hui à l'une ou à l'autre, il n'est point, ô mon cher Glaucon, de remède au maux qui désolent les États, ni même, selon moi, à ceux du genre humain, et jamais notre État ne pourra naître et voir la lumière du jour.

«Voilà ce que j'hésitais depuis longtemps à dire, prévoyant bien que je révolterais par ces paroles l'opinion commune; en effet, il est difficile de concevoir que le bonheur public et particulier tienne à cette condition.

«—Mais dis-moi, reprend le disciple, de tous les gouvernements, lequel convient au philosophe?

«—Aucun.»

Quel philosophe que celui qui ne peut s'accommoder d'aucune chose humaine!

XVIII.

Platon conclut de là qu'au lieu de plier le philosophe à la nature des choses, il faut contraindre la nature à la philosophie, et il part de là pour rêver, comme J.-J. Rousseau, un système d'éducation qui transforme les hommes.

Ce système d'enseignement consiste dans une métaphysique tellement éthérée qu'elle échappe à l'intelligence; c'est prétendre planer au sommet sans avoir gravi les degrés qui y montent. Cette éducation ne sera terminée qu'à cinquante ans; c'est une suite d'examens et d'épreuves qui viennent sans doute, dans l'esprit de Platon, des initiations d'Égypte et qui rappellent assez le mandarinat chinois.

Cependant il ne prédit pas l'éternité à sa République; il reconnaît l'instabilité organique des choses humaines; il ne croit pas à ce beau rêve moderne d'un progrès indéfini et continu dans la race. Il attribue la ruine future de son institution à l'erreur des magistrats, qui n'auront pas suffisamment bien accouplé les pères et les mères des générations à naître.

XIX.