«Un bouvier qui passe dans le chemin des Cordes chante aussi, menant sa charrette, mais un air si insouciant, si mou, que j'aime mieux le gazouillement du linot.
«Quand je suis seule ici, je me plais à écouter ce qui remue au dehors, j'ouvre l'oreille à tout bruit: un chant de poule, les branches tombant, un bourdonnement de mouche, quoi que ce soit m'intéresse et me donne à penser. Que de fois je me prends à considérer, à suivre des yeux de tout petits insectes que j'aperçois dans les feuillets d'un livre, ou sur les briques, ou sur la table! Je ne sais pas leur nom, mais nous sommes en connaissance comme des passants qui se considèrent le long du chemin. Nous nous perdons de vue, puis nous nous rencontrons par hasard, et la rencontre me fait plaisir; mais les petites bêtes me fuient, car elles ont peur de moi, quoique je ne leur aie jamais fait mal. C'est qu'apparemment je suis bien effrayante pour elles.
«En serait-il de même au paradis? Il n'est pas dit qu'Ève y fit jamais peur à rien. Ce n'est qu'après le péché que la frayeur s'est mise entre les créatures.
«Il faut que j'écrive à Philibert.»
XXX.
Le commencement d'avril recommence les choses, mais la vie morale est si pleine qu'elle n'ennuie jamais. Voyez.
Le 1er avril.
«Voilà donc un mois de passé, moitié triste, moitié beau, comme à peu près toute la vie. Ce mois de mars a quelques lueurs de printemps qui sont bien douces, c'est le premier qui voit des fleurs, quelques pimprenelles qui s'ouvrent un peu au soleil, des violettes dans les bois sous les feuilles mortes, qui les préservent des gelées blanches. Les petits enfants s'en amusent et les appellent fleurs de mars.
«Ce nom est très-bien donné. On en fait sécher pour faire de la tisane. Cette fleur est bonne et douce pour les rhumes, et, comme la vertu cachée, son parfum la décèle.
«On a vu aujourd'hui des hirondelles, joyeuse annonce du printemps.»