«J'écoute le berger qui siffle dans le vallon. C'est l'expression la plus gaie qui puisse passer sur les lèvres de l'homme. Ce sifflement marque un sans-souci, un bien-être, un je suis content qui fait plaisir. Ces pauvres gens! il leur faut bien quelque chose: ils ont la gaieté.

«Deux petits enfants font aussi en chantant leur fagot de branches parmi les moutons. Ils s'interrompent de temps en temps pour rire ou pour jouer, car tout cela leur échappe. J'aimerais à les voir faire et à écouter le merle qui chante dans la haie du ruisseau; mais je veux lire.

«C'est Massillon que je lis depuis que nous sommes en carême. J'admire son discours de vendredi sur la Prière, qui est vraiment un cantique.»

Le 18 mars.

«Le berger m'a annoncé ce matin l'arrivée des bergeronnettes. Une a suivi le troupeau toute la journée: c'est de bon augure, nous aurons bientôt des fleurs. On croit aussi que ces oiseaux portent bonheur aux troupeaux. Les bergers les vénèrent comme une sorte de génie et se gardent d'en tuer aucune. Si ce malheur arrivait, le plus beau mouton du troupeau périrait.

«Je voudrais que cette naïve crédulité préservât de même tant d'autres petits oiseaux que nos paysans font périr inhumainement.

XXIX.

Le printemps est tout à fait revenu. La pauvre fille s'en réjouit comme le brin d'herbe, sans savoir pourquoi, si ce n'est que la lumière est pure, et le vent tiède.

Lisez:

«J'ai failli avoir un chagrin aujourd'hui. Comme j'entrais dans ma chambre, je vis mon petit linot sous la griffe de la chatte. Je l'ai sauvé en effrayant la chatte qui a lâché prise. L'oiseau n'a eu que peur, puis il s'est trouvé si content qu'il s'est mis à chanter de toutes ses forces, comme pour me remercier et m'assurer que la frayeur ne lui avait pas ôté la voix.