XXXVI.
Elle se trompait; nous avons lu avec attention et intérêt les deux volumes d'essais et de correspondance de ce frère mort jeune, et dont ses amis ont imprimé les œuvres, sans doute par respect pour sa sœur.
Il n'y a, selon nous, rien de supérieur, rien même de digne d'une sérieuse attention dans tout cela.
Quelques lettres où l'on retrouve un peu de l'âme de sa sœur, et un Essai intitulé le Centaure, déclamation de rhétorique qui ne mérite pas le bruit qu'on en a fait, et qui est tombée vite de ce piédestal de complaisance dans le juste oubli qui lui était dû: voilà tout, quant au prodigieux talent qu'on attribuait à ce jeune homme.
Nous ne savons pas ce qu'il serait devenu si Dieu l'avait laissé vivre jusqu'à pleine maturité d'esprit. Il a été fauché dans sa verdeur.
Mais sa jeunesse avait été très-intéressante par ce contraste entre sa naissance et sa condition à Paris.
XXXVII.
À peine était-il sorti du séminaire de Cahuzac qu'il fut lancé à Paris, sans fortune, sans protecteur, pour faire ce qu'on appelle son chemin à travers la vie. Ce chemin fut hérissé d'obstacles et de ronces. Il fut obligé, pour vivre, de donner des leçons vulgaires à des enfants plus jeunes que lui; puis, les élèves manquant, il fut contraint de briguer un emploi de répétiteur mal rétribué dans un collége, et il y végéta ainsi quelques années, lui, l'idole de son père, et le favori adoré de sa sœur, dans un château de gentilhomme, apparenté avec tout ce que sa province comptait de familles nobles ou distinguées!
On conçoit combien d'amertume devait faire bouillonner dans cette âme le souvenir de cette première condition et le contraste avec cet humble métier de répétiteur de collége dont le salaire était à peine une chambre haute dans un quartier de Paris, et un morceau de pain trempé de fiel.
Sa sœur ne le perdait pas de vue; elle souffrait tout ce qu'il souffrait, elle espérait quand il désespérait, elle rêvait pour lui l'impossible.