Ces espérances le sauvèrent pourtant. Les Guérin avaient à l'Île de France une parenté coloniale avec laquelle ils entretenaient une correspondance. Cette famille vint en France. Une jeune fille, belle comme une créole et d'une dot suffisante, l'y suivit; mademoiselle de Guérin rêva la réhabilitation de son frère par un mariage.
Ce mariage fut conclu; il fit quelque temps le bonheur de son frère. Mais ce temps fut court; le malheur lui avait abrégé la vie; la poitrine était atteinte. On le fit venir au Cayla, il y arriva mourant; il s'y éteignit dans les bras de son père, de sa sœur et de sa jeune femme. Dès lors toute la terre s'évanouit, pour mademoiselle de Guérin.
XXXVIII.
C'est là que nous la retrouvons, vieillie seulement de deux années, mais en réalité vieillie de mille espérances ensevelies avant elle.
Il ne lui restait que son père à consoler, un tout jeune frère bon, aimable, un peu étourdi, et sa sœur Mimi à cultiver. Quant à elle, elle était morte à ce bas monde; mais le monde supérieur, le monde céleste, celui où tout est éternel, lui apparaissait plus visible que jamais. Elle vivait davantage d'immortalité!
XXXIX.
Maintenant donc que nous la connaissons à fond et que les murs du vieux donjon de son cher Cayla sont transparents pour nous, relisons ses notes, ses reliques épistolaires, avant et après l'événement qui l'a privée de ce frère, et introduisons-nous le soir, au coin du feu, entre son père et elle. Les confidences de l'espérance et de la jeunesse, pleines d'illusions, sont moins touchantes que celles de la dernière heure. La moitié de ces confidences s'étend sur la terre, l'autre moitié regarde déjà le ciel.
XL.
Sans date.
«M'y revoici à ce cher Cayla!