«J'ai compris; je l'avais laissée mourante.»
XLIV.
Le 1er août.
«Ce soir ma tourterelle est morte, je ne sais de quoi, car elle chantait encore ces jours-ci.
«Pauvre petite bête! voilà des regrets qu'elle me donne. Je l'aimais, elle était blanche, et chaque matin c'était la première voix que j'entendais sous ma fenêtre, tant l'hiver que l'été. Était-ce plainte ou joie? je ne sais, mais ces chants me faisaient plaisir à entendre; voilà un plaisir de moins. Ainsi, chaque jour, perdons-nous quelque jouissance.
«Je veux mettre ma colombe sous un rosier de la terrasse; il me semble qu'elle sera bien là, et que son âme (si âme il y a) reposera doucement dans ce nid sous les fleurs.
«Je crois assez à l'âme des bêtes, et je voudrais même qu'il y eût un petit paradis pour les bonnes et les douces, comme les tourterelles, les chiens, les agneaux. Mais que faire des loups et autres méchantes espèces? Les damner? cela m'embarrasse. L'enfer ne punit que l'injustice, et quelle injustice commet le loup qui mange l'agneau? Il en a besoin; ce besoin, qui ne justifie pas l'homme, justifie la bête, qui n'a pas reçu de loi supérieure à l'instinct. En suivant son instinct, elle est bonne ou mauvaise par rapport à nous seulement; il n'y a pas vouloir, c'est-à-dire choix, dans les actions animales, et par conséquent ni bien ni mal, ni paradis ni enfer. Je regrette cependant le paradis, et qu'il n'y ait pas des colombes au ciel.
«Mon Dieu! qu'est-ce que je dis là? aurons-nous besoin de rien d'ici-bas, là-haut, pour être heureux?»
XLV.
Le temps change, mais pas le cœur; lisez son voyage à Cahuzac.