Le 29 juin.

«Beau ciel, beau soleil, beau jour. C'est de quoi se réjouir, car le beau temps est rare à présent, et je le sens comme un bienfait. C'en est bien un, qu'une belle nature, un air pur, un ciel radieux, petites images du séjour céleste, et qui font penser à Dieu.

«J'irai ce soir à Cahuzac, mon cher pèlerinage. En attendant, je vais m'occuper de mon âme et voir où elle en est dans ses rapports avec Dieu depuis huit jours. Cette revue éclaire, instruit et avance merveilleusement le cœur dans la connaissance de Dieu et de soi-même. N'y avait-il pas un philosophe qui ordonnait cet exercice trois fois le jour à ses disciples? Et ses disciples le faisaient.

«Je le veux faire aussi, à l'école de Jésus, pour apprendre à devenir sage, d'une sagesse chrétienne.»

Le 30 juin.

«Je passai la journée d'hier à Cahuzac, et quelques heures seule dans la maison de notre grand'mère.

«Je me mis d'abord à genoux sur un prie-Dieu où elle priait, puis je parcourus sa chambre, je regardai ses chaises, son fauteuil, ses meubles dérangés comme quand on déloge; je vis son lit vide; je passai partout où elle avait passé, et je me souvins de ces lignes de Bossuet: «Dans un moment on passera où j'étais, et l'on ne m'y trouvera plus. Voilà sa chambre, voilà son lit, dira-t-on, et de tout cela il ne restera plus que mon tombeau où l'on dira que je suis, et je n'y serai pas.» Oh! quelle idée de notre néant dans cette absence même de la tombe, dans la dispersion si prompte de notre poussière dans les souterrains de la mort!

«Demain, je change et vais à Cahuzac pour des réparations à la maison qui me tiendront quelques jours. Ce seront des jours uniques; aussi je veux les marquer et prendre mon journal.

«Je vais écrire à Antoinette, mon amie l'ange.»

XLVI.