Le 1er septembre elle y est, à Cahuzac, pour démeubler la maison vide de sa grand'mère. Écoutons-la respirer toute seule.

Le 1er septembre.

«M'y voici, à Cahuzac, dans une autre chambrette, accoudée sur une petite table où j'écris.

«Il me faut partout des tables et du papier, parce que partout mes pensées me suivent et se veulent répandre en un endroit, pour toi, mon ami. J'ai parfois l'idée que tu y trouveras quelque charme, et cette idée me sourit et me fait continuer.

«Papa me viendra voir cette après-midi; cela me réjouit.»

XLVII.

Le 1er décembre.

«Je pense à la tombe qui s'ouvre ce matin à Gaillac pour engloutir ces restes humains jusqu'à ce que Dieu les ravive. C'est notre sort à tous, il faut être jeté en terre et pourrir dans les sillons de la mort avant d'arriver à la floraison; mais, alors, que nous serons heureux de vivre et même d'avoir vécu! L'immortalité nous fera sentir le prix de la vie et tout ce que nous devons à Dieu pour nous avoir tirés du néant.

«C'est un bienfait auquel nous ne pensons guère et dont nous jouissons sans presque nous en soucier, car la vie souvent ne fait aucun plaisir. Mais qu'importe pour le chrétien? À travers larmes ou fêtes, il marche toujours vers le ciel; son but est là, ce qu'il rencontre ne peut guère l'en détourner. Crois-tu que, si je courais vers toi, une fleur sur mon chemin ou une épine au pied m'arrêtassent?

«Me voici au soir d'une journée remplie de mille pensées et choses diverses dont je me rends compte au coin du feu de ma chambre, à la clarté d'une petite lampe, ma seule compagne de nuit.