«Sans le malheur arrivé à Gaillac, j'aurais Mimi à côté de moi, et nous causerions, et je lui dirais, à elle, ce que je dis mal ici à ce confident muet.»

Le 2 décembre.

«Rien d'intéressant, que la venue d'un petit chien qui doit remplacer Lion au troupeau. Il est beau et fort caressant, je l'aime; et je lui cherche un nom. Ce serait Polydore, en souvenir du chien de La Chênaie; mais, pour un chien de berger, c'est un nom de luxe: mieux vaut Bataille, pour le combattant du troupeau.

«L'air est doux ce matin, les oiseaux chantent comme au printemps, et un peu de soleil visite ma chambrette. Je l'aime ainsi et m'y plais comme aux plus beaux endroits du monde, toute solitaire qu'elle est. C'est que j'en fais ce que je veux, un salon, une église, une académie. J'y suis quand je veux avec Lamartine, Chateaubriand, Fénelon: une foule d'esprits m'entoure; ensuite ce sont des saints, sainte Thérèse, saint Louis, patron de mon amie Louise, et une petite image de l'Annonciation où je contemple un doux mystère et les plus pures créatures de Dieu, l'ange et la Vierge. Voilà de quoi me plaire ici et murer ma porte à tout ce qui se voit ailleurs.»........................

XLVIII.

Arrêtons-nous un moment ici, où ses dernières joies finissent, et demandons à nos lecteurs s'ils ont trouvé ailleurs ces ouvertures sur l'âme humaine qui laissent mieux voir au fond d'un cœur. Et quel cœur! et quelle admirable imagination! et quelle beauté dans la simplicité des événements, toujours les mêmes! et quelle variété dans la monotonie!

Mais est-ce que l'événement, quelque semblable qu'il soit à lui-même, est jamais monotone?

Est-ce que l'eau du fleuve pur, qui coule la même en se renouvelant toujours, ennuie jamais l'œil qui la voit couler en reflétant les scènes de son rivage?

La monotonie n'est pas dans la nature, elle est un nom; l'âme douée d'une vie éternelle donne la vie à tout ce qui l'impressionne; sa candeur n'est pas le néant, sa candeur est sa sincérité; plus elle s'observe, plus elle se peint elle-même; plus elle se passionne et plus elle nous intéresse.

Allons encore quelques pas dans cette belle vie, et voyons-la finir comme elle a commencé: dans la douce candeur de la douleur confiante, comme dans la naïve joie de la fleur qui vient d'éclore pour jouir, aimer, souffrir, et embaumer ce qui la foule aux pieds sans la cueillir et sans la voir.