Le 22 août.
«Mis au doigt la bague antique que tu avais prise et mise ici il y a deux ans, cette bague qui nous avait tant de fois fait rire quand je te disais: «Et la bague?» Oh! qu'elle m'est triste à voir et que je l'aime! Mon ami, tout m'est relique de toi.
«La mort nous revêtira de toute chose. Consolante parole que je viens de méditer, qui me revêt le cœur d'espérance, ce pauvre cœur dépouillé.
«Comme j'aime ses lettres, ces lettres qui ne viennent pas! Mon Dieu, recevez ce que j'en souffre et toutes les douleurs de cette affection. Voilà que cette âme m'attriste, que son salut m'inquiète, que je souffrirais le martyre pour lui mériter le ciel. Exaucez, mon Dieu, mes prières: éclairez, attirez, touchez cette âme si faite pour vous connaître et vous servir! Oh! quelle douleur de voir s'égarer de si belles intelligences, de si nobles créatures, des êtres formés avec tant de faveur, où Dieu semble avoir mis toutes ses complaisances comme en des fils bien-aimés, les mieux faits à son image! Ah! qu'ils sont à plaindre! que mon âme souvent les pleure avec Jésus venu pour les sauver! Je voudrais le salut de tous, que tous profitent de la rédemption qui s'étend à tout le genre humain. Mais le cœur a ses élus, et pour ceux-là on a cent fois plus de désirs et de crainte. Cela n'est pas défendu. Jésus, n'aviez-vous pas votre Jean bien-aimé, dont les apôtres disaient que, par amour, vous feriez qu'il ne mourrait pas? Faites qu'ils vivent toujours, ceux que j'aime, qu'ils vivent de la vie éternelle! Oh! c'est pour cela, pas pour ici que je les aime. À peine, hélas! si l'on s'y voit. Je n'ai fait que l'apercevoir; mais l'âme reste dans l'âme.»
Le 25 août.
«Tristesse et communion; pleuré en Dieu; écrit à ton ami; lu Pascal, l'étonnant penseur. J'ai recueilli cette pensée sur l'amour de Dieu, qu'on aime sans le connaître: Le cœur a ses raisons que la raison ne comprend pas. Bien souvent j'ai senti cela.»
II.
Et comme elle désire que toute la nature en convulsion s'associe par un mouvement désordonné à la convulsion de sa douleur!
«Quelques gouttes de pluie sur la terre ardente. Peut-être orage ce soir, ramassé par ces vapeurs. Qu'il tonne, qu'il passe des torrents d'eau et de vent! je voudrais du bruit, des secousses, tout ce qui n'est pas ce calme affaissant.—Si j'écrivais sa vie, cette vie si jeune, si riche, si rare, si rattachée à tant d'événements, à tant d'intérêts, à tant de cœurs! peu de vies semblables.»