Le 27 août.
«Je ne sais, sans mon père, j'irais peut-être joindre les sœurs de Saint-Joseph, à Alger. Au moins ma vie serait utile. Qu'en faire à présent? Je l'avais mise en toi, pauvre frère! Tu me disais de ne pas te quitter. En effet, je suis bien demeurée près de toi pour te voir mourir. Un ecce homo, l'homme de douleur, tous les autres derrière celui-là. Souffrances de Jésus, saints désirs de la mort, uniques pensées et méditations. Écrit à Louise comme à Marie; il fait bon écrire à celle-là. Et lui, pourquoi ne pas écrire, ton frère? Serait-il mort aussi? Mon Dieu, que le silence m'effraye à présent! pardonnez-moi tout ce qui me fait peur. L'âme qui vous est unie, qu'a-t-elle à craindre? Ne vous aimerais-je pas, mon Dieu, unique et véritable et éternel amour? Il me semble que je vous aime, comme disait le timide Pierre, mais pas comme Jean, qui s'endormait sur votre cœur. Divin repos qui me manque! Que vais-je chercher dans les créatures? Me faire un oreiller d'une poitrine humaine, hélas! j'ai vu comme la mort nous l'ôte. Plutôt m'appuyer, Jésus, sur votre couronne d'épines.»
Le 28 août.
«Saint Augustin aujourd'hui, ce saint qui pleurait si tendrement son ami et d'avoir aimé Dieu si tard. Que je n'aie pas ces deux regrets: oh! que je n'aie pas cette douleur à deux tranchants, qui me fendrait l'âme à la mort! Mourir sans amour, c'est mourir en enfer. Amour divin, seul véritable. Les autres ne sont que des ombres.
«Accablement, poids de douleurs; essayons de soulever ce mont de tristesse. Que faire? Oh! que l'âme est ignorante! Il faut s'attacher à Dieu, à celui qui soulève et le vaisseau et la mer. Pauvre nacelle que je suis sur un océan de larmes!»
III.
La sérénité revient avec la lumière et revient seule.
Le 30 août.
«Qu'il faisait bon ce matin dans la vigne, cette vigne aux raisins chasselas que tu aimais! En m'y voyant, en mettant le pied où tu l'avais mis, la tristesse m'a rempli l'âme. Je me suis assise à l'ombre d'un cerisier, et là, pensant au passé, j'ai pleuré. Tout était vert, frais, doré de soleil, admirable à voir. Ces approches d'automne sont belles, la température adoucie, le ciel plus nuagé, des teintes de deuil qui commencent. Tout cela, je l'aime, je m'en savoure l'œil, m'en pénètre jusqu'au cœur, qui tourne aux larmes. Vu seule, c'est si triste! Toi, tu vois le ciel! Oh! je ne te plains pas. L'âme doit goûter d'ineffables ravissements...
«Le plus grand malheur de la vie, c'est d'en rompre les relations.