VII.

Mille retours de sentiments consolés, graves, découragés, revenant en arrière, courant en avant, emportés, stagnants, soulevés, affaissés tour à tour, signalent cette période de sa vie.

Le 10 décembre.

«Enfin pourrai-je écrire? Que de fois j'ai pris la plume depuis huit jours, et la plume m'est tombée des doigts sans rien faire! Il y a eu tant de tristesse dans mon âme, tant de secousses dans mon être! Ô Dieu! je semblais toucher à ma fin, à une sorte d'anéantissement moral. Que cet état est terrible! Rien n'apaise, rien ne soutient: travail, repos, livres, hommes, tout est dégoût. On voudrait mourir. Dans cette lutte, l'âme sans foi serait perdue, oh! perdue, si Dieu ne se montre; mais il ne manque pas, mais quelque chose d'inattendu vient d'en haut.»

VIII.

1840 sonne et la rembrunit encore, les Notes courent comme des pas de la vie entraînés sur une pente inclinée. Ce monde n'a rien pour elle, elle s'habitue à en sortir.

«Je trouve une lettre de ma chère Marie (Mme de Maistre) sur mon chevet, à mon réveil ce matin. Aurore d'un beau jour, tant en moi qu'au dehors; soleil au ciel et dans mon âme: Dieu soit béni de ces douces lueurs qui ravivent parmi les angoisses! Je sais bien que c'est à recommencer, mais on s'est reposé un moment et on marche avec plus de force ensuite. La vie est longue, il faut de temps en temps quelques cordiaux pour la course: il m'en vient du ciel, il m'en vient de la terre, je les prends tous, tous me sont bons, c'est Dieu qui les donne, qui donne la vie à la rosée! Les lectures pieuses, la prière, la méditation fortifient; les paroles d'amitié aussi soutiennent. J'en ai besoin: nous avons un côté du cœur qui s'appuie sur ce qu'on aime; l'amitié, c'est quelque chose qui se tient bras à bras. Comme Marie me donne le sien tendrement, et que je me trouve bien là! Ainsi nous irons jusqu'à la mort: Dieu nous a unies.»

IX.

Vient ensuite un long récit de l'agonie et de la mort de son frère, touchant comme une passion de l'amitié; nous le retranchons, car il faudrait le lire tout entier. C'est l'amour qui grave les sentiments par les plus menus détails.

Elle s'interrompt pour écouter au mois d'avril chanter une grive: «Triste date du 2 avril! La vie est toute coupée de douleurs. Les oiseaux n'ont pas de chagrin sans doute, du moins la grive qui chante tout aujourd'hui sous ma fenêtre. Joyeuse petite bête! Je me suis mise à l'écouter bien des fois, à prendre plaisir à ces sifflements, gazouillements et salutations au printemps. Ces chants doux et réjouissants sous un genévrier, montant avec l'air dans ma chambrette, sont d'un effet que je ne puis dire. Valentino n'en approche pas pour le charme: Valentino où j'entendais pourtant quatre-vingts musiciens et du Beethoven. Préférer à cela une pauvre petite grive, décidément je suis une sauvage!»