Le 1er juillet.

«J'entends la première cigale; quel plaisir! Je reçois un charmant billet de M. de Sainte-Beuve, cet homme exquis dont je reçois l'écriture vivante.»

M. de Sainte-Beuve avait rendu à son frère Maurice une justice qui eût été bien plus juste si elle s'était adressée à la sœur! Le frère, trop loué, ne faisait que déclamer ce que la sœur sentait et soupirait à demi-voix.

XII.

La chambre s'égaye de deux nouveaux hôtes.

Le 28 juillet.

«Deux petits oiseaux, deux compagnons de ma chambrette, les bienvenus, qui chanteront quand j'écrirai, me feront musique et accompagnement comme les pianos qui jouaient à côté de Mme de Staël quand elle écrivait. Le son est inspirateur; je le comprends par ceux de la campagne, si légers, si aériens, si vagues, si au hasard, et d'un si grand effet sur l'âme. Que doit-ce être d'une harmonie de science et de génie, sur qui comprend cela, sur qui a reçu une organisation musicale, développée par l'étude et la connaissance de l'art? Rien au monde n'est plus puissant sur l'âme, plus pénétrant. Je le comprends, mais ne le sens pas. Dans ma profonde ignorance, j'écouterais avec autant de plaisir un grillon qu'un violon. Les instruments n'agissent pas sur moi ou bien peu. Il faut que j'y comprenne comme à un air simple; mais les grands concerts, mais les opéras, mais les morceaux tant vantés, langue inconnue! Quand je dis opéras, je n'en ai jamais ouï, seulement entendu des ouvertures sur les pianos. Parmi les fruits défendus de ce paradis de Paris, il est deux choses dont j'ai eu envie de goûter: l'Opéra et Mlle Rachel, surtout Mlle Rachel, qui dit si bien Racine, dit-on. Ce doit être si beau!»

XIII.

À mesure que le chagrin lui retire sa vie, elle cherche évidemment à la retenir instinctivement par quelques riantes images, réminiscences impuissantes de la jeunesse.

«La prière me désaccable, une conversation, le grand air, les promenades dans les bois et les champs. Ce soir, je me suis bien trouvée d'un repos sur la paille, au vent frais, à regarder les batteurs de blé, joyeuses gens qui toujours chantent. C'était joli de voir tomber les fléaux en cadence et les épis qui dansent, des femmes, des enfants, séparant la paille en monceaux, et le van qui tourne et vanne le grain qui se trie et tombe pur comme le froment de Dieu. Ces paisibles et riantes scènes font plaisir et plus de bien à l'âme que tous les livres de M. Hugo, quoique M. Hugo soit un puissant écrivain, mais il ne me plaît pas toujours. Je n'ai pas lu encore sa Notre-Dame, avec l'envie de la lire. Il est de ces désirs qu'on garde en soi.»