«La mer, c'est l'inexorable nuit sociale où la pénalité jette ses damnés. La mer, c'est l'immense misère.

«L'âme, à vau-l'eau dans ce gouffre, peut devenir un cadavre. Qui la ressuscitera?»

(Une des plus belles pages de la langue que nous parlons!)

XIV.

Ai-je besoin de noter le sophisme au milieu de ce pêle-mêle éblouissant de vérités et d'erreurs, où l'homme coupable se croit le droit de conclure à la condamnation de cette pauvre société, et le droit de haïr l'homme social parce qu'il ne se sent pas capable d'être assez libre si la société ne lui fait pas place pour le droit qu'il rêve et pour l'indépendance qu'il convoite?

Il y aurait un chapitre par mot à écrire pour réfuter le forçat; M. Hugo l'a réfuté, mais en l'exécutant. L'objection reste dans sa force et surtout dans sa séduction par le talent du raisonnement. La société baisse la tête devant l'audacieux forçat.

Mais ai-je besoin de noter surtout cette admirable page qui résume tout dans ce chapitre: Un homme à la mer? Ni J.-J. Rousseau, ni Lamennais, n'ont jamais écrit de ce style.

Cette longue image de quatre pages vaut tout un livre. C'est la voix de l'abîme! C'est l'agonie du désespoir sur qui pèse un monde, et à qui un poëte sublime a donné une langue semblable à celle de Job lui-même: la langue du grain de sable pensant perdu dans le monceau des hommes, des déserts et des eaux. Il faut être poëte pour sentir ce chapitre, mais il faut être plus que poëte pour l'avoir écrit. Ici et ailleurs, lorsque Victor Hugo dépeint l'homme, il invente une langue surhumaine pour hurler les lamentations de l'humanité.

XV.

Revenons à Valjean, bon citoyen, bon commerçant, bon magistrat, et qui commence à sentir le prix d'une société qui lui garantit les fruits du travail, la liberté et la concurrence, l'inviolabilité des banques, ces réservoirs et ces dépôts du capital; toutes ces vertus qui la composent tout entière aux yeux de l'industriel enrichi.