XX.
Et la société est responsable de cette catastrophe du forçat et de la fille publique: double matière à indignation présentée au peuple;
Double erreur.
Car, premièrement, comment supposer qu'un brave homme, condamné pour une vétille, devenu un manufacturier opulent, le bienfaiteur d'une province entière, magistrat adoré de sa ville adoptive, soit renvoyé pour sa vie aux galères, sans discernement, sans justice et sans grâce, par la société du dix-neuvième siècle?
Et, secondement, où pouvait mourir une fille publique, née sans père ni mère, débauchée de mœurs d'abord, de misère ensuite; où pouvait-elle mieux mourir que dans un hospice, providentiellement recueillie par la bienfaisance, et dans la couche préparée par de saintes filles sous les ailes de la religion?
XXI.
Ces deux indignations amères auxquelles le grand écrivain fait appel sont donc absolument sans motif.
S'il s'agit de Valjean le riche, saint industriel, le monde n'est pas fait ainsi. On l'aurait réhabilité avec l'honneur, ou bien il aurait été toucher à loisir ses 700,000 fr. chez M. Laffitte, et se serait abrité à l'étranger dans un vallon du Mexique ou dans un canton de la Suisse.
S'il s'agit de Fantine, quel était donc l'asile plus miséricordieux et plus approprié à la situation où la société pût préparer une meilleure mort à une fille sans asile?
Pourquoi fanatiser le peuple, en style admirable, pour des misères ou inévitables ou impossibles, quand il n'y a malheureusement que trop de fautes et de misères réelles à offrir à la pitié des lecteurs? Débauche de larmes qu'on verse par la magie de l'écrivain, et qu'on se reproche d'avoir versées en rentrant de sang-froid dans le réel!