«La face du monde change si promptement!

«J'ai passé ma soirée à la cuisine... Walter Scott a été négligé aujourd'hui. Il est dix heures, je vais dormir.»

XVII.

Le lendemain, le père et la petite sœur toujours absents, elle écrit pour elle seule.

Le 21 novembre.

«La journée a commencé radieuse: un soleil d'été, un air doux qui invitait à la promenade. Tout me disait d'y aller, mais je n'ai fait que deux pas dehors et me suis arrêtée à l'écurie des moutons pour voir un agneau blanc qui venait de naître.

«J'aime à voir ces petites bêtes qui font remercier Dieu de tant de douces créatures dont il nous environne. Puis Pierril est venu; je l'ai fait déjeuner et ai causé quelque temps avec lui, sans m'ennuyer du tout de cette conversation. De combien d'assemblées on n'en dit pas autant!

«Le vent souffle, toutes nos portes et fenêtres gémissent; c'est quasi triste à l'heure qu'il est dans ma solitude: toute la maison est endormie; on s'est levé de bonne heure pour faire du pain. Aussi ai-je été fort occupée toute la matinée aux deux dîners. Ensuite, du repos; j'ai écrit à Antoinette.

«C'est bien insignifiant, tout cela: autant vaudrait du papier blanc que ce que j'écris; mais, quand ce ne serait qu'une goutte d'encre d'ici, tu aurais plaisir de la voir; voilà pourquoi j'en fais des mots.

«Je ne sais pourquoi, la nuit dernière, je n'ai vu en songe défiler que des cercueils. Je voudrais cette nuit un sommeil moins sombre. Je vais prier Dieu de me le donner.»