Le 24 novembre, elle reprend son récit. On voit combien la pensée de son frère la possède.
«Trois jours de lacune, mon cher ami. C'est bien long pour moi, qui aime si peu le vide; mais le temps m'a manqué pour m'asseoir. Je n'ai fait que passer dans ma chambrette depuis samedi; à présent seulement je m'arrête, et c'est pour écrire à Mimi bien au long et deux mots ici. Peut-être ce soir ajouterai-je quelque chose, s'il en survient.
«Pour le moment tout est au calme, le dehors et le dedans, l'âme et la maison: état heureux, mais qui laisse peu à dire, comme les règnes pacifiques.
«Une lettre de Paul a commencé ma journée. Il m'invite à aller à Alby, je ne lui promets pas; il faudrait sortir pour cela, et je deviens sédentaire. Volontiers, je ferais vœu de clôture au Cayla. Nul lieu au monde ne me plaît comme le chez moi. Oh! le délicieux chez moi! Que je te plains, pauvre exilé, d'en être si loin, de ne voir les tiens qu'en pensée, de ne pouvoir nous dire ni bonjour ni bonsoir, de vivre étranger, sans demeure à toi dans ce monde, ayant père, frère, sœurs, en un endroit! Tout cela est triste, et cependant je ne puis pas désirer autre chose pour toi. Nous ne pouvons pas t'avoir; mais j'espère te revoir, et cela me console. Mille fois je pense à cette arrivée, et je prévois d'avance combien nous serons heureux.»
XVIII.
Le 25, la nuit est superbe; c'est un des événements de cette solitude. Voyez comme elle en jouit:
«Je regarde par ma fenêtre avant de me coucher, pour voir quel temps il fait et pour en jouir un moment, s'il est beau.
«Ce soir, j'ai regardé plus qu'à l'ordinaire, tant c'était ravissant, cette belle nuit! Sans la crainte du rhume, j'y serais encore. Je pensais à Dieu qui a fait notre prison si radieuse; je pensais aux saints qui ont toutes ces belles étoiles sous leurs pieds; je pensais à toi qui les regardais peut-être comme moi. Cela me tiendrait aisément toute la nuit; cependant il faut fermer la fenêtre à ce beau dehors et cligner les yeux sous des rideaux!
«Éran m'a apporté ce soir deux lettres de Louise. Elles sont charmantes, ravissantes d'esprit, d'âme, de cœur, et tout cela pour moi! Je ne sais pourquoi je ne suis pas transportée, ivre d'amitié. Dieu sait pourtant si je l'aime.
«Voilà ma journée jusqu'à la dernière heure. Il ne me reste que la prière du soir et le sommeil à attendre. Je ne sais s'il viendra, il est loin.