«Il est possible que Mimi vienne demain. À pareille heure, je l'aurai; elle sera là, ou plutôt nous reposerons sur le même oreiller, elle me parlant de Gaillac, et moi du Cayla.»

XIX.

Le 28, sa sœur retrouvée, elle va avec elle à l'église du village faire ses dévotions.

«Avant le jour, écrit-elle, j'avais les doigts dans les cendres, cherchant du feu pour allumer la chandelle. Je n'en trouvais pas et allais retrouver mon lit, lorsqu'un petit charbon que j'ai rencontré du bout du doigt m'a fait voir du feu: voilà ma lampe allumée.

«Vite la toilette, la prière, et nous voilà avec Mimi dans le chemin de Cahuzac. Ce pauvre chemin, je l'ai fait longtemps seule, et que j'étais aise de le faire à quatre pieds aujourd'hui! Le temps n'était pas beau.»

Puis une réflexion naïve et digne de Tibulle ou de Virgile.

Suave mari magno...

«Oh! qu'il est doux, lorsque la pluie à petit bruit tombe des cieux, d'être au coin de son feu, à tenir des pincettes, à faire des bluettes! C'était mon passe-temps tout à l'heure; je l'aime fort: les bluettes sont si jolies! ce sont les fleurs de cheminée.

«Vraiment il se passe de charmantes choses sur la cendre, et, quand je ne suis pas occupée, je m'amuse à voir la fantasmagorie du foyer. Ce sont mille petites figures de braise qui vont, qui viennent, grandissent, changent, disparaissent, tantôt anges, démons cornus, enfants, vieilles, papillons, chiens, moineaux: on voit de tout sous les tisons.

«Je me souviens d'une figure portant un air de souffrance céleste qui me peignait une âme en purgatoire. J'en fus frappée, et aurais voulu avoir un peintre auprès de moi. Jamais vision plus parfaite.