«Que d'heures sont sorties de cette vieille pendule, ce cher meuble qui a vu passer tant de nous sans s'en aller jamais, comme une sorte d'éternité! Je l'aime, parce qu'elle a sonné toutes les heures de ma vie, les plus belles quand je ne l'écoutais pas. Je me rappelle quand j'avais mon berceau à ses pieds, et que je m'amusais à voir courir cette aiguille. Le temps amuse alors, j'avais quatre ans.
«On lit de jolies choses à la chambre; ma lampe s'éteint, je te quitte. Ainsi finit mon année auprès d'une lampe mourante.»
Quelle inimitable mélancolie! et combien est pâle la tristesse artificielle des écrivains de profession à côté de ce reflet touchant de l'âme souffrante qui se replie en gémissant sur elle-même, qui se voit vivre inutile, et qui se sent mourir sans avoir aimé!
XXIII.
Mais continuons.
Noël passe, le jour de l'an renouvelle tout, excepté le cœur: le carnaval marche, finit; voilà le mardi gras, avec ses grelots de folie, qui passe aussi en chantant. Voyez la jeune et sainte solitaire.
Le 2 mars.
«Ce n'est pas la peine de parler d'aujourd'hui: rien n'est venu, rien n'a bougé, rien ne s'est fait dans notre solitude. Mon petit oiseau seul sautillait dans sa cage en gazouillant au soleil; je l'ai regardé souvent, n'ayant rien de plus joli à voir dans ma chambre. Je n'en suis pas sortie; tout mon temps s'est passé à coudre un peu, à lire, puis à réfléchir.
«La belle chose que la pensée! et quels plaisirs elle nous donne quand elle s'élève en haut! C'est sa direction naturelle qu'elle reprend sitôt qu'elle est dégagée des objets terrestres. Entre le ciel et nous il y a une mystérieuse attraction: Dieu nous veut et nous voulons Dieu.
«Je ne sais quel oiseau vole sur ma tête, je l'entends sans presque le voir, il est nuit. Ce n'est pas le temps des oiseaux nocturnes. Voilà qui me détourne et brouille le fil que je dévidais. Comme il faut peu! Cette petite apparition me fait quitter ma chambre, non pas de peur; je vais dire à Mimi de venir voir cet oiseau.»