Cet homme vivait solitaire entre ses livres, sa plume et ses chevaux, signe de noblesse. Ce pédantisme équestre l'isolait du monde. Il n'avait de séve que dans ses prétentions tout à fait fausses pour sa robe de citoyen romain et de tragique italien moderne. À quarante ans il se sentait vieux et usé, comme s'il eût assez de ce petit nombre d'années pour dévider l'existence infinie d'un Sophocle, d'un Racine ou d'un Voltaire. Il était né vieux; toute sa vie est d'un vieillard. Il ne lui reste à quarante-deux ans que des mots dans la tête; il se met à traduire, ne pouvant plus rien composer.

XV.

Quant à son rôle de patriote et de citoyen, le voici: il aime si peu sa patrie et l'humanité qu'il l'abandonne dès qu'il est sorti de l'enfance.

Il va voyager, c'est-à-dire courir à travers le monde, sans but et sans fruit.

À son retour, il rêve une gloire poétique, mais il ne se trouve dans l'esprit ni poésie ni langue; il se décide à suppléer à la poésie, qui lui manque totalement, par cette espèce de jargon pédestre qu'on fait passer pour du génie devant les parterres; il va chercher une langue presque morte en Étrurie.

Là il trouve une Laure à adorer dans une femme couronnée qui flatte sa vanité et ses sens. Ennemi des rois, il n'hésite pas à se faire courtisan de son royal époux.

Il l'enlève à son mari et fuit avec elle à Rome.

Ennemi des tyrans, il se fixe auprès d'elle sous l'empire de la double tyrannie des rois et des pontifes.

Pour capter le pape, il sollicite de lui une audience obséquieuse et lui présente l'édition de ses œuvres.

Le cardinal d'York et les prêtres de sa cour sont humblement servis et adulés par lui.