À MON AMI ***
Où vas-tu, bel enfant? tous les jours je te vois,
Au matin, t'échapper par la porte du bois,
Et, déjà renonçant aux jeux du premier âge,
Chercher dans les taillis un solitaire ombrage;
Et le soir, quand, bien tard, nous te croyons perdu,
Répondant à regret au signal entendu,
Tu reviens lentement par la plus longue allée,
La face de cheveux et de larmes voilée.
Qu'as-tu fait si longtemps? tu n'as pas dans leurs nids
Sous la mère enlevé les petits réunis;
........
À M. A.... DE L.... (LAMARTINE).
Ces chantres sont de race divine: ils possèdent le seul talent incontestable dont le Ciel ait fait présent à la terre.
René.
Ô toi qui sais ce que la terre
Enferme de triste aux humains,
Qui sais la vie et son mystère,
Et qui fréquentes, solitaire,
La nuit, d'invisibles chemins;
Toi qui sais l'âme et ses orages,
Comme un nocher son élément,
Comme un oiseau sait les présages,
Comme un pasteur des premiers âges
Savait d'abord le firmament;
Qui sais le bruit du lac où tombe
Une feuille échappée au bois,
Les bruits d'abeille et de colombe,
Et l'Océan avec sa trombe,
Et le Ciel aux immenses voix;
Qui dans les sphères inconnues,
Ou sous les feuillages mouillés,
Ou par les montagnes chenues,
Ou dans l'azur flottant des nues,
Ou par les gazons émaillés,
Pélerin à travers les mondes,
Messager que Dieu nous donna,
Entends l'alcyon sur les ondes,
Ou les soupirs des vierges blondes,
Ou l'astre qui chante: Hosanna!