Sais-tu qu'il est dans la vallée,
Bien bas à terre, un cœur souffrant,
Une pauvre âme en pleurs, voilée,
Que ta venue a consolée
Et qui sans parler te comprend?

J'aime tes chants, harpe éternelle!
Astre divin, cher au malheur,
J'aime ta lueur fraternelle!
As-tu vu l'ombre de ton aile,
Beau cygne, caresser la fleur?

Est-ce assez pour moi que mon âme
Frémisse à ton chant inouï;
Qu'écoutant tes soupirs de flamme,
Comme à l'ami qui la réclame,
Dans l'ombre elle réponde: Oui;

Qu'aux voix qu'un vent du soir apporte
Elle mêle ton nom tout bas,
Et ranime son aile morte
À tes rayons si doux..., qu'importe,
Hélas! si tu ne le sais pas?

Si dans ta sublime carrière
Tu n'es pour elle qu'un soleil
Versant au hasard sa lumière,
Comme un vainqueur fait la poussière
Aux axes de son char vermeil;

Non pas un astre de présage
Luisant sur un ciel obscurci,
Un pilote au bout du voyage
Éclairant exprès le rivage,
Un frère, un ange, une âme aussi!

Mais que tu saches qu'à toute heure
Je suis là, priant, éploré;
Mais qu'un rayon plus doux m'effleure
Et plus longtemps sur moi demeure,
Je suis heureux... et j'attendrai.

J'attendrai comme un de ces Anges
Aux filles des hommes liés
Jadis par des amours étranges,
Et pour ces profanes mélanges
De Dieu quelque temps oubliés.

En vain leurs mortelles compagnes
Les comblaient de baisers de miel:
Ils erraient seuls par les campagnes,
Et montaient, de nuit, les montagnes,
Pour revoir de plus près le Ciel;

Et si, plus prompt que la tempête,
Un Ange pur, au rameau d'or,
Vers un monde ou vers un prophète
Volait, rasant du pied la tête
Ou de l'Horeb ou du Thabor,