XVII.
Et je n'étais pas seul à penser ainsi. Vous allez entendre des juges de plus d'autorité que moi.
«Lamartine, dites-vous encore, me l'écrivit en des termes plus indulgents pour moi que justes pour A. Chénier. Mais la première pièce des Consolations qu'il avait lue un jour manuscrite chez Victor Hugo, sur la marge d'un vieux Ronsard in-folio qui nous servait d'album, l'avait tout à fait conquis. Je le connus personnellement dans l'été de cette année 1829, et, en souvenir d'une promenade et d'un entretien au Luxembourg, je lui adressai la pièce qui est la VIe des Consolations. Il y répondit aussitôt, et le jour même où il la recevait, par une épître qu'il griffonna au crayon sur son album. Quelques jours après il me l'envoyait copiée, avec ce mot:
«Saint-Point, 24 août 1829.
«Je vous tiens parole, mon cher Sainte-Beuve, plus tôt que je ne comptais. Voici ces vers que je suis parvenu à vous griffonner en trois jours sur les idées que votre épître délicieuse m'avait inspirées quand je la reçus, et qui étaient ensevelis et effacés sur mon album au crayon...
«Pardonnez-moi de vous répéter en vers mes injures poétiques sur quelques morceaux de Joseph Delorme; vous verrez qu'elles sont l'ombre de la lumière qui environnera son nom. Et si ce sans-façon poétique vous déplaît, déchirez-les.
«Adieu, et mille amitiés à vous et à nos amis.
«Lamartine.»
«Ce fut dans l'été de 1830 que parurent les deux volumes des Harmonies, sur lesquels je fis des articles au Globe. Lamartine m'en remercia par une lettre qui exprime bien les préoccupations et les pensées de ce temps, et qui en fixe exactement la nuance. Il y mêle son jugement sur les Consolations, lequel est si favorable qu'il y aurait pudeur à le produire, si lui-même, bien des années après, n'avait dit les mêmes choses, et en des termes presque semblables, dans un de ses Entretiens familiers sur la littérature.
«Au château de Saint-Point, 27 juin 1830.