«C'était aux Consolations et aux espérances qu'elles donnaient que je devais tous ces témoignages.

«Parmi mes amis du Globe ou qui appartenaient par leurs idées à ce groupe, il en est deux de qui je reçus des marques de sympathie accompagnées de quelques indications justes et dont j'aurais pu profiter. M. Viguier, l'un des maîtres les plus distingués et les plus délicats de l'ancienne École normale, à qui j'avais dédié l'une des pièces (la IIe) du Recueil, après m'avoir remercié cordialement, après m'avoir dit: «Ce n'est pas un livre, c'est encore cette fois une âme vivante que vous m'avez fait lire; telle est votre manière: entre votre talent et votre manière morale il y a intimité;» ajoutait ces paroles que j'aurais dû peser davantage et dont j'ai vérifié depuis la justesse:

«Voilà donc une phase nouvelle, un autre degré de l'échelle poétique et morale. Il faudra bien vous laisser dire que l'on ne voit pas assez clairement le point où vous arrivez dans la foi, ni celui où vous tendez; que le désespoir, avec tous ses scandales, fait plus pour le succès et pour une certaine originalité qu'un premier retour à des pensées religieuses; que vous paraissez menacé du mysticisme dévot, et qu'en attendant, le mysticisme d'une rêverie toute subjective ne laisse pas assez arriver dans ce sanctuaire toujours tendu de deuil l'air du dehors, le soleil, la vie du monde. Qu'importe? ce n'est encore qu'une année de votre vie! L'unité du ton, quand il est vrai, fort et animé, n'est point la monotonie. Ce n'est pas la popularité, c'est la durée qui doit faire votre succès. Vous n'avez qu'à vivre pour varier les applications d'un si beau talent. Vivez donc, mon cher Sainte-Beuve, et vivez heureux! Que le bonheur vous inspire aussi bien que les chagrins et la pénitence: ce sera une double satisfaction pour ceux qui vous aiment.»

Lamartine.

(La suite au prochain Entretien.)

CIIe ENTRETIEN.

LETTRE À M. SAINTE-BEUVE.

(SECONDE PARTIE.)

I.

J'avais par hasard connu et aimé, en Italie, un beau jeune homme français, nommé Farcy. C'était une de ces âmes concentrées, quoique errantes, qui désespèrent de trouver dans les autres âmes ce qu'elles rêvent de perfection en elles-mêmes. J'avais passé quelques mois avec lui, et, quoique je ne me fusse pas ouvert complétement à lui, je vis qu'il m'aimait comme homme et comme poëte. Il partit pour la France un an avant la révolution de 1830. Un jour, je lus sa mort dans un journal. Le journaliste en fit naturellement un héros de Juillet. Ce n'était pas cela, c'était un héros de je ne sais quoi, un héros de l'ennui, du vide, de l'inspiration maladive de l'âme. Revenu à Paris, j'appris de M. D..., son ami, comment il était mort.