L'Église romaine, à Rome, reconnaît trois classes d'hommes parmi lesquels elle choisit ses serviteurs:
Les laïques;
Les ecclésiastiques;
Et les prélats ou monseigneurs.
Les laïques sont ceux qu'elle emploie soit dans le civil, dans la diplomatie, dans les finances ou dans le militaire, pour les besoins de son administration ou de sa défense;
Les ecclésiastiques sont les moines ou les prêtres de tout ordre, dont elle dispose pour tous les services dans le monde chrétien.
Mais il y a de plus un ordre neutre qui porte le costume sacerdotal et qui en reçoit les titres sans néanmoins en contracter les engagements ni en assumer les obligations, sorte de long et quelquefois d'éternel noviciat. Ceux qui en font partie s'appellent prélats ou monseigneurs, et, depuis les dignités inférieures jusqu'au rang de cardinaux, sont en quelque sorte les ministres libres de l'Église. Il y a peu de grande famille à Rome ou dans les légations qui n'aient des fils dans cette classe. Ils sont à Rome ce que les Narseis étaient au sein des cours et du gouvernement asiatique dans l'antiquité. Race éminemment politique qui tient à l'État sans être l'État lui-même, qui se dévoue sans retour à ses fonctions préparatoires, qui se retire de ses emplois sans les compromettre ou qui les continue, et qui peut même se marier avant d'en avoir fait les vœux, sans préjudice pour l'Église ou eux-mêmes. Cette troisième catégorie, dépendante et volontaire du Saint-Siége, a l'immense avantage de se former de bonne heure aux affaires sans que ses fautes puissent nuire au gouvernement, et de s'en retirer sans apostasie. Nous connaissons plusieurs de ces prélats ou monseigneurs qui sont sortis de ces noviciats pour contracter des unions licites et respectées, avec l'approbation du Pape. On les essaye, ils s'essayent eux-mêmes, et, si la carrière ne leur convient pas, ils rentrent honorablement dans le monde, sans scandale et sans reproche; ils ont de plus pour le Saint-Siége ces avantages, que ses affaires purement mondaines sont traitées avec les hommes du monde par des hommes du monde, et que l'Église, par eux, participant de deux natures, est sacerdotale avec ses prélats et laïque avec ses ministres. Le respect et l'habileté y gagnent. Ces hommes commencent en général très-jeunes par être des secrétaires du Pape, des novices, des ambassadeurs et des cardinaux; ils s'élèvent par des grades réguliers de fonction en fonction jusqu'aux premières charges de l'État. «Le Pape voulut, dit Consalvi, me créer cardinal de l'ordre des prêtres; je préférai être cardinal diacre.»
XI
Voilà ce que fut dès son enfance Consalvi; mais, quand Pie VII le fit cardinal, il refusa d'être prêtre. Il se consacra non à sa propre sanctification, mais à bien comprendre et à bien faire les affaires du Pape et de son gouvernement. Il voulut être dévoué, mais nullement enchaîné à ses devoirs. On peut même entrevoir, d'après un passage de ses mémoires relatifs à son affection intime pour les familles Patrizzi et Giustiniani, dans sa jeunesse, que la mort prématurée d'une jeune princesse de dix-huit ans, à la main de laquelle il aurait pu peut-être prétendre, et dont l'amitié lui laissa d'éternels regrets, fut un coup déchirant porté à son cœur. La vivacité pathétique de ses expressions laisse voir l'ardeur de ses sentiments pour cette jeune et charmante princesse. Il ne lui était défendu ni d'aimer ni de pleurer ce qu'il aurait pu chérir: il avait alors vingt-deux ans.