«Le soir, le corps de Humboldt fut transporté à Tégel, pour reposer dans le caveau de famille, à côté de son frère Guillaume qui l'y avait précédé de vingt-quatre ans, à cet endroit où, sur une colonne sombre, s'élève comme une amie la statue de l'Espérance, sortie des mains de Thorwaldsen.»
IV
«Aussitôt qu'il apprit la nouvelle de la mort de Humboldt, Napoléon III, au milieu des troubles de la guerre, ordonna d'élever une statue à l'illustre savant dans la galerie du château de Versailles.
«Humboldt avait sans doute regardé les rechutes fréquentes qu'il éprouvait dans les derniers temps comme un avertissement de prendre quelques dispositions de sûreté concernant son héritage littéraire. Ses manuscrits et ses journaux furent trouvés classés et attachés, et la deuxième partie du 4e volume du Cosmos, dont, jusqu'à sa mort, il avait déjà fait imprimer sept feuilles, et qui devait en même temps renfermer une table détaillée des matières de tous les volumes, sera, nous en avons le ferme espoir, bientôt achevée par la main expérimentée d'un ami......
«Puisse ce livre, monument biographique commencé du vivant de Humboldt et pour lequel nous avons mis à profit ses actes et les œuvres de sa pensée, puisse ce livre, dont il a cordialement accueilli la troisième édition avec son complément nouveau, et qu'il a payé d'un mot de reconnaissance, ne pas être, aux yeux du monde, au-dessous du grand nom de Humboldt!
«Nous donnons dans ce monument l'image fidèle de son génie qui a exercé une si puissante influence sur notre époque que mille de ses contemporains ont longtemps vécu et se sont développés sous ses rayons, sans jamais le savoir; car c'était un soleil d'intelligence qui éclairait toutes les branches de la vie et qui faisait éprouver son action bienfaisante à tous ceux qui ont senti et pensé par elle, même dans les limites les plus étroites de leur être.
«Ce n'est pas le marbre qui rappelle sa mémoire; mais partout où les lumières, l'amour de la nature, l'intelligence du monde et de notre propre espèce, comme membres de la création, réjouissent notre âme, là nous sommes en présence de son monument, là nous nous sentons pénétrés d'un doux sentiment de reconnaissance pour lui, là nous rendons hommage au nom de Alexandre de Humboldt!»
V
Aucune préoccupation religieuse ne se manifesta en lui à ses derniers moments. Il ne parla que de la nature qui allait bientôt fermer ses yeux pour jamais. Il entendait par nature ces ensembles et lois générales relatives à la matière par qui le monde est gouverné. On remarque à peine dans sa correspondance une certaine honte de son ignorance des phénomènes évidemment intellectuels des hommes.
«Hier, écrit son confident Varnhagen, hier Humboldt a parlé avec beaucoup d'enjouement des lettres qu'il a reçues; un certain nombre de dames d'Elberfeld se sont engagées à travailler à sa conversion au moyen de lettres anonymes, et lui ont annoncé leur intention; ces lettres arrivent de temps en temps. Il a reçu de Nebraska une lettre dans laquelle on lui demande où les hirondelles passent l'hiver.—«Cette question n'est-elle pas encore pendante?» ai-je repris.—«Sans doute, a répondu Humboldt; je suis là-dessus aussi ignorant que qui que ce soit.» Puis, prenant un air comique d'importance: «Je n'ai pas écrit à Nebraska. Ce sont là de ces choses qu'un savant ne doit pas avouer.»