«La division la plus infinie de la matière ne pourra jamais vous donner que de la matière. Le sentiment du vrai est comme l'affirmation de la nature en nous.—Le rien sans rien, dit le philosophe Royer-Collard, mais je l'affirme! De toutes les certitudes, la plus certaine est celle qui résulte des dépositions du sens intime, parce que la conscience est plus près du souvenir de l'être que le raisonnement.

«Le raisonnement a besoin de faits pour démontrer; le sens intime croit, voit, conclut, affirme sans aucun argument qu'un regard!

«Le principe de la vie est-il quelque chose de distinct de la matière?

«Ou bien est-il, sous le nom de propriété de la matière, inhérent à la matière même?

«La question, ainsi posée et acceptée, est exactement la même pour le principe de la vie morale que pour le principe de la vie corporelle.

«On n'hésite pas plus à dire de la VERTU que de la divisibilité, qu'elle est une propriété de la matière. Le principe une fois admis, que tout est matière, et rien que matière en nous, cette conséquence est naturelle. Il y a même, à la déduire ouvertement et à la soutenir, quand on croit le principe, un certain courage et une franchise plus honorables que l'indifférence.

«Il ne s'agit donc pas ici d'une simple dispute de mots, comme il semble à quelques esprits aveugles ou distraits; sous le voile des mots, la question est posée sur des substances: ici, substance matérielle, qu'admettent également les deux doctrines; là, substance d'une autre nature, et d'une nature supérieure, dont la matière n'est que le support.

«Il ne faut pas nous le dissimuler, messieurs: ce n'est rien moins que l'ordre moral qui est en question sous les deux doctrines contraires.

«Dans un cas, les destinées de l'homme sont celles de la matière: la vie humaine est un écoulement, qui commence à l'organisation, qui finit à la dissolution, et qui s'épanche, comme le fleuve, sur une pente fatale, des glaciers à l'Océan.

«Dans l'autre cas, les destinées, ou plutôt les prédestinations de l'homme, rarement réalisées, sont celles du principe supérieur supporté par la matière; dans la mesure même où l'homme entre en possession de ce principe supérieur, il en partage la nature et les destinées, et par les responsabilités d'ici-bas, et par les espérances immortelles.