«Mais si ces principes (âme et matière, vie et mort) sont divers, me dites-vous, où est dans l'organisme vivant le siége organique de la vie?»

XXI

«Je réponds: Votre question n'est qu'une nouvelle violation de la nature réelle des choses.

«Le siége organique d'un principe est partout où est sa logique, et sa logique est partout où il a pris, par elle, possession de la matière. Il n'est pas un point vivant de mon organisme corporel où mon principe vital organique ne soit, ne règne et ne gouverne par sa logique. Ne dites-vous pas vous-même que «l'état vital s'exprime dans la conscience par une affection permanente, vaguement localisée dans tous les points à la fois de la masse vivante et animée?»

«Où est le siége d'un principe de civilisation dans les sociétés humaines, du principe chrétien, par exemple? Il est partout où sa logique s'est emparée des choses humaines, partout où la vie chrétienne a pénétré, c'est-à-dire dans tous les actes chrétiens.

«Mais, au-dessus des phénomènes physiologiques qui m'affirment un principe vital organique, j'observe, dans une région supérieure de mon être, un autre ordre de phénomènes parfaitement distincts des précédents, les phénomènes psychiques, source de tout idéal en moi, qui m'affirment un autre principe. Ce principe, ce demi-dieu créateur de nos pensées et de nos actes, dont mon corps est le temple, dont ma conscience est le sanctuaire, je ne l'aperçois pas seulement en conclusion logique, je le sens en moi de si près et dans une intimité si absolue avec moi-même, que je le reconnais pour être ce moi lui-même qui sent, qui comprend, qui veut et qui parle en ce moment.

«Ce principe, je n'en connais pas la nature essentielle, je ne cherche pas ici comment il s'est constitué; le nom qu'on lui donne m'importe peu; ce qui m'importe, c'est l'irrécusabilité de son être et sa souveraineté incontestable sur le monde de mes sentiments, de mes pensées, de mes volontés, de mes expressions diverses, qu'il gouverne par sa logique.»

Voilà pour la vie.

XXII

Cette belle ébauche de vérité révèle, dans l'homme qui a su la penser et qui a osé l'écrire, autant de hardiesse d'instinct que de profondeur de réflexion. C'est la métaphysique du mystère; il n'y en a pas d'autre. L'homme qui prétend tout expliquer par un seul mot n'est pas digne d'en comprendre deux. Le Cosmos de M. Fournet (c'est le nom du jeune médecin français qui a écrit ces belles lignes) éclaire plus le Cosmos du savant prussien que l'intelligence n'éclaire la matière inerte des époques. Qu'il pense et qu'il écrive encore: ses conjectures sont l'aurore des vérités qu'il découvrira. Il est entré hardiment dans la logique de Dieu, qui est mystère. Je trouve aussi sous sa plume le mot dont j'avais besoin et que la nature divine du sujet me suggère pour mon Cosmos, à moi. Celui de M. de Humboldt ne mérite que le nom d'histoire naturelle. Le Cosmos a une âme, comme l'homme; cette âme, c'est sa loi. Cette loi est évidente, mais ne peut être comprise que par celui dont elle émane. Les hommes et tous les siècles lui ont donné son vrai nom: Mystère, Humboldt!