Je le rétablis et je dis humblement:
Matière et pensée forment le monde.
Mais la matière, soit qu'elle soit composée des mêmes éléments en ignition que supposait M. de Humboldt, soit qu'elle soit composée d'autres éléments inconnus, mais toujours matière, n'est pas Dieu. Elle n'est ni infinie, ni indivisible, ni parfaite. Elle est périssable. Elle ne peut par conséquent être cause; elle est effet.
La pensée seule est Dieu. La pensée est créatrice.
C'est donc la pensée divine qui, s'associant avec la matière créée par Dieu, forme le monde.
Dieu, en appliquant sa pensée ou sa volonté à la matière ou au néant sorti de ses mains, lui a imprimé ses qualités ou ses lois: étendue, poids, grandeur relative, et sa forme, et ses limites, et sa gravitation, et sa vie, et sa mort, et sa transformation quand sa vie est accomplie.
Tout ce que les yeux ou le télescope nous permettent de discerner de ses lois, dans les espaces astronomiques de l'étendue infinie de l'éther, n'est que la volonté absolue et mystérieuse de Dieu qu'il a commandé et commande d'exécuter à l'infini matériel de ces mondes flottants.
Ces mondes nous paraissent petits ou grands, relativement à nous comme matière; mais en réalité, et par rapport à Dieu qui les crée et qui les gouverne, ils ne sont ni grands ni petits. L'égalité de leur création et de leur illusion les nivelle, ils sont tous l'œuvre de Dieu et les exécuteurs de ses volontés qui sont leurs lois.
Ils ont tous, depuis le soleil jusqu'à l'imperceptible animalcule vêtu d'une impalpable poussière de matière, la même dignité, la même sainteté, œuvre de Dieu!
Dieu leur a donné à tous un atome ou un monde de matière, et une parcelle ou un monde d'intelligence, selon les desseins qu'il a sur eux. Aux derniers l'instinct, aux seconds la sensation, aux premiers la liberté méritoire.