«Ce troglodyte se nourrit principalement d'araignées, de chenilles, de petits papillons et de larves. En automne, il se contente de baies molles et juteuses.
«Ayant, dans ces dernières années, passé un hiver à Charleston, en compagnie de mon digne ami Bachman, je remarquai que ce charmant oiseau faisait son apparition dans cette ville et les faubourgs, au mois de décembre. Le 1er janvier, j'en entendis un en pleine voix, dans le jardin de mon ami, qui me dit qu'il ne se montre pas régulièrement chaque hiver dans ces contrées, et qu'on n'est sûr de l'y rencontrer que durant les saisons extrêmement rigoureuses.
«Pour vous mettre mieux à même de comparer ses mœurs avec celles du troglodyte commun d'Europe (les mœurs des oiseaux ayant toujours été, comme vous le savez, le sujet de prédilection de mes études), je vous présente ici les observations que mon savant ami W. Mac Gillivray a faites sur ce dernier, en Angleterre.
«Chez nous, dit-il, le troglodyte n'émigre pas, et se trouve en hiver dans les parties les plus septentrionales de l'île, aussi bien que dans les Hébrides. Son vol consiste en un battement d'ailes rapide et continu, et, par suite, n'est pas onduleux, mais s'effectue en droite ligne. Il n'est pas non plus soutenu, d'ordinaire l'oiseau se contentant de voltiger d'un buisson ou d'une pierre à l'autre. Il se plaît surtout à côtoyer les murailles, parmi les fragments de rochers, au milieu des touffes d'ajoncs et le long des haies où il attire l'attention par la gentillesse de ses mouvements et la bruyante gaieté de son ramage. Quand il veut demeurer en place, il porte sa queue presque droite, et tout son corps s'agite par brusques secousses; mais bientôt il repart en faisant de petits sauts, s'aidant en même temps des ailes, et s'accompagnant de son rapide et continuel chit, chit. Au printemps et en été, le gazouillement du mâle, qu'il répète par intervalles, est plein, riche et mélodieux. Même en automne et dans les beaux jours d'hiver, on peut souvent l'entendre précipiter les notes de sa chanson, si claires, si retentissantes et qui, toutes familières qu'elles sont, surprennent toujours, étant produites par un instrument aussi fragile.
«Durant la saison des œufs, les troglodytes se tiennent par couples, habituellement dans des lieux retirés, tels que les vallons couverts de broussailles, les bois moussus, le lit des ruisseaux, et les endroits rocailleux qu'ombragent et défendent des ronces, des épines ou d'autres buissons. Mais ils recherchent aussi les vergers, les jardins et les haies dans le voisinage immédiat de nos habitations dont même les plus sauvages s'approchent en hiver. Ils ne sont pas, à proprement parler, farouches, puisqu'ils se croient en sûreté à la distance de vingt ou trente mètres de l'homme; néanmoins, lorsqu'ils voient quelqu'un s'avancer trop près, ils se cachent dans des trous, parmi des pierres ou des racines.
«Rien n'est plaisant à voir comme ce petit oiseau. Il est d'une humeur si charmante et si gaie! Dans les jours sombres, les autres oiseaux paraissent tout mélancoliques; quand il pleut, les moineaux et les pinsons restent silencieux sur la branche, les ailes pendantes et les plumes hérissées; mais tous les temps sont bons pour le troglodyte; les larges gouttes d'une pluie d'orage ne le mouillent pas davantage qu'une légère bruine venant de l'est; et quand il regarde de dessous le buisson, ou qu'il présente sa tête par le creux du mur, ne semble-t-il pas aussi mignon, aussi propret que le jeune chat qui fait gros dos sur les tapis du parloir?
«C'est vraiment un spectacle amusant que d'observer une famille de troglodytes qui vient de sortir du nid. En marchant à travers des ajoncs, des genêts ou des genévriers, vous êtes attiré vers quelque hallier d'où vous avez entendu s'élever un son doux, assez semblable à la syllabe chit plusieurs fois répétée; le père et la mère troglodyte voltigent autour des jeunes rameaux; et bientôt vous voyez un petit qui, d'une aile faible encore, mais en toute hâte, rentre sous le buisson, en poussant un cri étouffé. D'autres le suivent à la file; tandis que les parents s'agitent, pleins d'alarme, aux environs, et font retentir leur bruyant chit, chit, dont les diverses intonations indiquent le degré de passion qui les anime.—En rase campagne, on peut facilement prendre un jeune troglodyte à la course; et j'ai aussi entendu dire qu'un vieux ne tarde pas à être fatigué, par un temps de neige, alors qu'il ne trouve rien pour se cacher. Toutefois, même en pareil cas, il n'est pas aisé de ne jamais le perdre de vue, car au pied d'un monticule, le long d'une muraille ou dans une touffée, qu'il se rencontre le moindre trou, il s'y glisse à l'improviste, et, cheminant par-dessous la neige, ne reparaît qu'à une grande distance.
«Les troglodytes s'accouplent vers le milieu du printemps, et, dès les premiers jours d'avril, commencent à bâtir leur nid, dont la forme et les matériaux varient suivant la localité. Mon fils m'en a apporté un qui m'a paru d'un volume étonnant, comparé à la taille de l'architecte: il n'a pas moins de sept pouces de diamètre sur une hauteur de huit. Ayant été placé sur une surface plate, en dessous d'un banc, sa base en a pris naturellement la forme, et se compose de fougère sèche et d'autres plantes, mêlées à des feuilles d'herbe et à des végétaux ligneux. Les parois, à l'extérieur, sont construites des mêmes matériaux; et l'intérieur, d'un diamètre de trois pouces, est parfaitement sphérique. Plus en dedans, la paroi ne présente que des mousses encore toutes vertes, et se trouve arc-boutée avec des feuilles de fougère et des brins de paille. Les mousses s'y entrelacent curieusement à des racines fibreuses ainsi qu'à du poil de différents animaux. Enfin, la surface tout à fait interne est lisse et compacte, comme du feutre très-serré. Jusqu'à la hauteur de deux pouces, on y remarque une ample garniture de plumes larges et soyeuses, appartenant les unes, et pour la plupart, au pigeon sauvage, d'autres, au faisan, au canard domestique et même au merle. L'entrée, adroitement ménagée vers le haut, sur le côté, a la forme d'une arche surbaissée. Sa largeur, à la base, est de deux pouces; sa hauteur, d'un pouce et demi. Le seuil, si je puis dire, se compose de brindilles très-flexibles, de fortes tiges d'herbe et jeunes pousses, le reste étant feutré de la manière ordinaire. Il contenait cinq œufs, d'une forme ovale allongée, ayant huit lignes de long sur six de large; le fond en était d'un blanc pur, avec quelques raies ou taches vers le gros bout, et d'un rouge clair.
«On trouve ces nids en différents endroits: très-souvent dans un enfoncement, sous le rebord de quelque rive; parfois dans une crevasse parmi des pierres, dans le trou d'un mur ou d'un vieux tronc, sous le toit de chaume d'un cottage ou d'un hangar, sur le faîte d'une grange, sur une branche d'arbre, soit qu'elle s'étende au long d'une muraille, ou croisse seule et sans appui; enfin, parmi le lierre, les chèvrefeuilles, la clématite et autres plantes grimpantes. Quand le nid repose par terre, sa base et souvent tout l'extérieur se composent de feuilles et de brins de paille; mais, lorsqu'il est autrement placé, le dehors est d'ordinaire plus lisse, mieux soigné, et principalement formé de mousse.
«Quant au nombre d'œufs qu'il contient, les auteurs ne sont pas d'accord. M. Weir dit que d'habitude il est de sept ou huit, mais qu'il peut monter jusqu'à seize ou dix-sept; Robert Smith, un tisserand de Bathgate, m'a raconté qu'il y a quelques années, il trouva un de ces nids sur le bord d'un petit ruisseau, qui en contenait dix-sept; et je tiens de James Baillie Esq., qu'en juin dernier, il en a retiré seize d'un autre qui était sur une sapinette.