«—Je m'en suis occupé avec goût depuis mon enfance, et pour elles mes yeux et mes oreilles ont toujours été ouverts. Le bois de l'Ettersberg a peu d'endroits que je n'aie parcourus plusieurs fois. Quand j'entends maintenant un chant, je peux dire de quel oiseau il vient. Et même, si on m'apporte un oiseau qui, ayant été mal soigné dans sa captivité, a perdu son plumage, je saurai lui rendre bien vite et les plumes et la santé.

«—Cela montre certes une grande habileté; je vous conseille de persévérer sérieusement dans vos études; avec votre vocation marquée, vous arriverez à d'excellents résultats. Mais parlez-moi donc un peu de la mue. Vous m'avez dit que les fauvettes descendent après la mue dans les champs. La mue arrive-t-elle donc à une époque fixe, et tous les oiseaux muent-ils ensemble?

«—Chez la plupart des oiseaux la mue vient dès que la couvaison est terminée, c'est-à-dire dès que les petits de la dernière couvée peuvent se suffire à eux-mêmes. Mais alors il s'agit de savoir si, à partir de ce moment jusqu'à son départ, l'oiseau a le temps suffisant pour sa mue. S'il l'a, il mue ici et part avec son plumage nouveau. S'il ne l'a pas, il part avec son plumage ancien et ne mue que dans le Midi, plus tard.—Car les oiseaux n'arrivent pas au printemps et ne partent pas à l'automne tous en même temps. La cause, c'est que chaque espèce supporte plus ou moins facilement le froid et l'intempérie. L'oiseau qui arrive de bonne heure chez nous s'en va tard, et l'oiseau qui arrive tard s'en va tôt. Même dans une seule famille, par exemple dans celle des fauvettes, il y a de grandes différences. La fauvette à claquets ou la petite meunière se fait entendre chez nous dès la fin de mars, quinze jours plus tard viennent la fauvette à tête noire, le moine; puis, environ une semaine après, le rossignol, et seulement à la fin d'avril ou au commencement de mai, la fauvette grise. Tous ces oiseaux avec leurs petits de la première couvée muent chez nous en août; aussi on prend ici, à la fin d'août, de jeunes moines qui ont déjà leur petite tête noire. Mais les enfants de la dernière couvée partent avec leur premier plumage et ne muent que plus tard, dans les contrées méridionales; aussi, au commencement de septembre, on peut ici prendre des moines mâles qui ont encore leur petite tête rouge comme leur mère.

«—La fauvette grise est-elle l'oiseau qui vient le plus tard chez nous, ou d'autres viennent-ils encore après elle? demanda Gœthe.

«—L'oiseau moqueur jaune et le magnifique pirol jaune d'or, n'arrivent que vers Pâques. Tous deux partent après leur couvaison achevée, vers le milieu d'août, et ils muent dans le Sud. Si on les garde en cage, ils muent en hiver; aussi ces oiseaux se gardent difficilement. Ils demandent beaucoup de chaleur. Si on les suspend près du poêle, ils dépérissent par manque d'air nourrissant; si on les met près de la fenêtre, ils dépérissent par suite du froid des longues nuits.

«—On dit que la mue est une maladie, ou du moins qu'elle est accompagnée d'un affaiblissement du corps.

«—Je ne saurais dire. C'est une augmentation de vie, qui se passe très-heureusement en plein air sans la moindre fatigue, et qui réussit aussi très-bien à certains individus dans la chambre. J'ai eu des fauvettes qui pendant toute la mue n'ont pas cessé de chanter, ce qui est signe d'une parfaite santé. Si un oiseau pendant la mue est maladif, c'est qu'on le nourrit mal, que son eau est mauvaise, ou qu'il manque d'air. S'il n'a pas dans la chambre assez de force pour muer, qu'on le mette à l'air frais, il muera très-bien. Un oiseau libre mue sans s'en apercevoir, tant sa mue se fait doucement.

«—Cependant vous sembliez dire que pendant leur mue les fauvettes se retirent dans les fourrées du bois?

«—Elles ont certainement pendant ce temps besoin de quelques secours. La nature agit avec tant de sagesse et de mesure, que jamais un oiseau ne perd tout d'un coup assez de plumes pour ne plus pouvoir voler et chercher sa nourriture. Mais cependant il peut arriver qu'un oiseau perde ensemble par exemple la quatrième, la cinquième et la sixième penne à chaque aile; il pourra bien voler encore, mais pas assez bien pour échapper aux oiseaux de proie ses ennemis et surtout au très-rapide et très-adroit hobereau; voilà pourquoi les fourrés leur sont utiles à ce moment.

«—Cela se conçoit. Est-ce que la mue marche également et comme symétriquement aux deux ailes?