«Il m'a parlé de lui dans une lettre, dit Gœthe. Il lui a fait visite, il vit dans une maison de campagne près de Milan, et à mon grand chagrin il est continuellement souffrant.

«—Il est singulier, dis-je, que les talents distingués, et surtout les poëtes, aient si souvent une constitution débile.

«—Les œuvres extraordinaires que ces hommes produisent, dit Gœthe, supposent une organisation très-délicate, car il faut qu'ils aient une sensibilité exceptionnelle et puissent entendre la voix des êtres célestes. Or, une pareille organisation, mise en conflit avec le monde et avec les éléments, est facilement troublée, blessée, et celui qui ne réunit pas, comme Voltaire, à cette grande sensibilité une solidité nerveuse extraordinaire, est exposé à un état perpétuel de malaise. Schiller aussi était constamment malade. Lorsque je fis sa connaissance, je crus qu'il n'avait pas quatre semaines à vivre. Mais il y avait en lui assez de force résistante, aussi il a pu se maintenir un assez grand nombre d'années, et il se serait soutenu encore longtemps avec une manière de vivre plus saine.»

Et Manzoni vit encore!

XI

Gœthe parle à Eckermann de Lavater, l'auteur pieux de la Physiognomonie:

«Dimanche, 14 février 1830.

«Gœthe a parlé de Lavater et m'a dit beaucoup de bien de son caractère; il m'a raconté des traits de leur ancienne intimité; souvent ils couchèrent fraternellement dans le même lit.

«Il est à regretter, ajouta-t-il, qu'un mauvais mysticisme ait mis sitôt arrêt à l'essor de son génie.»

Le 10 février 1830 la conversation revint sur Napoléon et sur Hudson Lowe, que Gœthe justifie par l'embarras de sa situation: