Il se livre de nouveau à ses travaux de naturaliste: il parle avec un grand éloge du talent transcendant de M. Villemain, qui faisait alors un cours littéraire à la jeunesse française.

«Villemain a aussi comme critique, dit-il, un rang très-élevé. Les Français ne reverront jamais un talent égal à celui de Voltaire; mais on peut dire que, le point de vue de Villemain se trouvant plus élevé que celui de Voltaire, Villemain peut critiquer Voltaire et juger ses qualités, et ses défauts.»

On aime à voir un grand poëte rendre cette éclatante justice à un grand critique; cela efface d'avance les puériles négations de notre temps.

IX

Il parle de Béranger, dont il était précédemment un fanatique et systématique enthousiaste, chose bien extraordinaire dans l'auteur de Marguerite:

«Nous parlâmes alors de l'emprisonnement de Béranger. Gœthe dit:

«Ce qui lui arrive est bien fait. Ses dernières poésies sont sans frein, sans mesure, et ses attaques contre le roi, contre le gouvernement, contre l'esprit pacifique des citoyens, le rendent parfaitement digne de sa peine. Ses premières poésies, au contraire, étaient gaies, inoffensives et excellentes pour rendre un cercle d'hommes joyeux et content, ce qui est bien la meilleure chose que l'on puisse dire de chansons. Je suis sûr que son entourage a exercé sur lui une mauvaise influence et que, pour plaire à ses amis révolutionnaires, il a dit bien des choses qu'autrement il n'aurait jamais dites.»

C'était dur, mais malheureusement fondé. Béranger, que j'ai beaucoup connu et aimé dans nos derniers jours, était, selon moi, mille fois supérieur comme homme à ce qu'il était comme poëte. Il faut aimer le pauvre peuple, mais non flatter ses caprices. Pelletan a été sévère, mais injuste envers lui sous ce rapport. Il ne l'avait pas assez connu. On écrit d'après un système, il faut connaître son sujet. Un Aristophane français délayant la ciguë que la multitude hébétée fait boire à Socrate, un Camille Desmoulins qui raille jusqu'à la mort et qui pleure le supplice des Girondins, voilà Béranger poëte; mais un homme excellent et spirituel contre lui-même, voilà le vrai Béranger.

X

«Le 20 novembre 1829, dîné avec Gœthe. Nous parlâmes de Manzoni, et je demandai à Gœthe si à son retour d'Italie le chancelier n'avait apporté aucune nouvelle de Manzoni.