Jésus Maria! miséricorde! monsieur, qu'est-ce que je devins? Je devins pierre comme la statue de la femme de Noé quand, au lieu de tomber sur ses belles tresses de soie blonde qui partaient du faîte de son front et qui se déroulaient jusque sur ses deux épaules, je sentis sous ma main une tête toute ronde et tout frais tondue, qui cherchait à se dérober à mon attouchement comme quelqu'un qui a honte et qui baisse le visage; je crus rêver. Ma main glissa du front sur le cou; ce fut bien une autre surprise, monsieur: au lieu de cette douce peau blanche d'enfant qui caressait la main comme une feuille lisse et fraîche de muguet, quand je touchai ses épaules à l'endroit où elles sortent du corsage de laine, je sentis le rude poil velu d'une veste de bure, comme celle des pifferari des Abruzzes, et, en descendant plus bas vers la taille, une ceinture de cuir à boucles de laiton, de larges braies et de grosses guêtres boutonnées sur des souliers ferrés qui résonnaient comme des marteaux sur l'enclume.
CXXI
Je poussai un cri de surprise et d'horreur; la mère accourut, se signa et tomba à la renverse à l'aspect de ma fille ainsi défigurée. La pauvre enfant, surprise dans sa mue, tomba de son côté, à demi habillée, sur le bord du lit, couvert de sa robe, du corsage et des cheveux qu'elle venait de dépouiller.
Un grand silence remplit la cabane.
—Malheureuse! qu'as-tu fait et que voulais-tu faire? m'écriai-je, en même temps que sa tante Magdalena levait les bras en l'air pour s'étonner et se désespérer.
La jeune fille fut longtemps sans répondre ni à moi ni à sa tante; elle tenait sa tête entre ses mains et se cachait les yeux avec les belles tresses coupées de ses cheveux d'or, qui dégouttaient de ses larmes.
Parle donc! mais parle donc! lui dîmes-nous à l'envi.
CHAPITRE V
CXXII
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .