«Voilà, dis-je, ce que vous avez écrit depuis six ans que je suis ici, et cependant toutes vos autres occupations ne vous ont permis d'y donner que très-peu de temps. On voit comme une œuvre grossit, même quand on se borne à n'y ajouter qu'un peu de temps en temps.
«—On peut s'en convaincre surtout en vieillissant, dit-il, car la jeunesse croit que tout doit se faire en un jour. Si le sort m'est favorable, et si je continue à bien me porter, j'espère être arrivé loin dans le quatrième acte aux premiers mois du printemps. Je l'avais dans la tête depuis longtemps, comme vous savez, mais, pendant l'exécution, il s'est énormément augmenté, et je ne peux plus me servir que de ce qu'il y avait de plus général dans mon ancien plan. Il faut d'ailleurs, maintenant, que cet acte d'intermède soit aussi long que les autres actes.
«—Dans cette seconde partie, dis-je, on voit apparaître un monde bien plus riche que dans la première.»
XV
Ici plusieurs pages sont consacrées à un magnifique éloge de Walter Scott; digne sujet, digne juge. Seulement il oublie le vice mortel de ces chefs-d'œuvre, c'est le mensonge du roman historique. C'est superbe, mais cela ne vit plus. Le mensonge a tué le divin menteur.
Il revient à Schiller.
«Jeudi, 31 mars 1831.
«Dîné chez le prince avec Soret et Meyer. Nous causons de littérature, et Meyer nous raconte sa première entrevue avec Schiller.
«J'allais, dit-il, me promener avec Gœthe dans le jardin d'Iéna, que l'on appelle le Paradis. Schiller nous rencontra. Je lui parlai alors pour la première fois. Il n'avait pas encore terminé son Don Carlos et venait d'arriver de Souabe; il paraissait être très-malade et beaucoup souffrir des nerfs. Son visage rappelait celui du Crucifié. Gœthe croyait qu'il ne vivrait pas quinze jours; mais, comme il jouit alors de plus de bien-être, il se rétablit et écrivit toutes ses plus belles œuvres.»
«La pensée de sa fin prochaine l'occupait; il s'y préparait comme à un voyage. On ne sait où l'on abordera, mais on est sûr d'aborder.