«Lundi, 2 août 1831.
«Nous avons causé de la théorie de Candolle sur la symétrie. Gœthe la considère comme une pure illusion.
«La nature, a-t-il dit, ne se donne pas à tout le monde. Elle agit avec beaucoup de savants comme une malicieuse jeune fille, qui nous attire par mille charmes, et qui, au moment où nous croyons la saisir et la posséder, s'échappe de nos bras[8].»
XVIII
La religion chrétienne l'occupait de plus en plus, et il l'admirait d'une affection éclectique. En voici la preuve:
«La lumière sans obscurité de la révélation divine est beaucoup trop pure et trop éclatante pour qu'elle convienne aux pauvres et faibles hommes, et, pour qu'ils puissent la supporter, l'Église vient comme médiatrice bienfaisante; elle éteint, elle adoucit cette lumière pour qu'elle puisse aider et protéger beaucoup d'hommes. L'Église chrétienne croit que, comme héritière du Christ, elle peut remettre aux hommes leurs péchés; c'est là pour elle une puissance énorme; maintenir cette puissance et cette croyance, et affermir ainsi l'édifice ecclésiastique, voilà la principale préoccupation du clergé chrétien. En conséquence, il ne se demande pas si tel livre de la Bible peut jeter de la lumière dans l'esprit, s'il renferme de hautes leçons de moralité, s'il offre des exemples d'une noble existence: l'important pour lui, c'est dans les livres de Moïse l'histoire de la chute, qui rend nécessaire le Sauveur; dans les prophètes, les allusions qui sont faites au Désiré; dans les évangiles, le récit de son apparition sur cette terre, et de sa mort sur la croix, qui expie nos péchés. Vous voyez que, à ce point de vue et avec ces idées, on ne peut attacher d'importance ni au noble Tobie, ni à la Sagesse de Salomon, ni aux Proverbes de Sirach.
«Ces questions d'authenticité et de fausseté des livres bibliques sont d'ailleurs bien étranges. Qu'est-ce qui est authentique, sinon ce qui est tout à fait excellent, ce qui est en harmonie avec ce qu'il y a de plus pur dans la nature et dans la raison, ce qui sert encore aujourd'hui à notre développement le plus élevé? Et qu'est-ce qui est faux, sinon l'absurde, le creux, le niais, ce qui ne donne aucun fruit, du moins aucun bon fruit? Si on devait décider l'authenticité d'un écrit biblique par la question: Ce qui nous est transmis, est-il absolument la vérité? alors on devrait sur certains points mettre en doute l'authenticité des évangiles, car Marc et Luc n'ont pas écrit ce qu'ils ont vu par eux-mêmes, ils ont recueilli longtemps après les faits une tradition orale, et Jean n'a écrit son évangile que dans un âge avancé. Cependant je tiens les quatre évangiles pour parfaitement authentiques, car il y a là le reflet de l'élévation qui brillait dans la personne du Christ, élévation d'une nature aussi divine que tout ce qui a jamais paru de divin sur la terre.»
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
«Dieu ne s'est pas du tout consacré au repos; il agit toujours, et maintenant comme au premier jour. Cela aurait été une pauvre distraction pour lui de combiner quelques éléments pour fabriquer notre monde informe, et de le faire rouler tous les ans sous les rayons du soleil, s'il n'avait pas eu le plan de faire de cet amas de matière la pépinière d'un monde d'esprits. Il vit toujours et sans cesse dans les grandes natures pour élever vers lui les natures inférieures.»
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .