«Je ne suis pas plus amateur de la philosophie populaire. Il y a un mystère dans la philosophie aussi bien que dans la religion. On doit en épargner la connaissance au peuple, et surtout on ne doit pas le forcer pour ainsi dire à s'enfoncer dans pareille recherche. Épicure dit quelque part: «Ceci est juste, car le peuple le trouve mauvais.—Depuis la réforme, les mystères ont été livrés à la discussion populaire, on les a ainsi exposés à toutes les subtilités captieuses de l'étroitesse de jugement, et on ne peut pas encore dire quand finiront les tristes égarements d'esprit qui en sont résultés.»

XIX

Les résultats de la philosophie, de la politique, de la religion: voilà ce que l'on doit donner au peuple et ce qui lui sera utile; mais il ne faut pas vouloir des hommes du peuple faire des philosophes, des prêtres ou des politiques. Cela ne vaut rien!

On voit combien cette philosophie plus que mûre de Gœthe était loin de son scepticisme primordial. Il est évident ici qu'il confond la philosophie et les lois.

XX

Il cite plus loin quelques vers de moi sur l'ubiquité de la vérité, qui attestent l'utilité d'une civilisation non nationale, mais universelle.

«Ce ne sont plus les mers, les degrés, les rivières,
«Qui bornent l'héritage entre l'humanité.
. . . . . . . . . . .
«Chacun est du climat de son intelligence,
«Je suis concitoyen de tout homme qui pense,
«La vérité c'est mon pays.»

Pour plaire aux partis, ajoute-t-il, j'aurais dû être membre du club des jacobins et prêcher le meurtre et le massacre.

XXI

L'instant suprême approchait pendant ces entretiens. Voici la fin de ce grand homme, racontée par son ami, témoin des derniers moments: