«Que les afflictions ne vous découragent jamais, mais que dans tout événement ma promesse vous fortifie et vous console. Je suis assez puissant pour vous récompenser au delà de toutes bornes et de toute mesure. Vous ne travaillerez pas longtemps ici-bas, et vous ne serez pas toujours dans les douleurs; attendez un peu et vous verrez bientôt la fin de vos maux; un moment viendra où toutes les peines et les agitations cesseront; tout ce qui passe avec le temps est court et peu considérable.

«Faites bien ce que vous faites; travaillez fidèlement à mon œuvre, et je serai votre récompense. Écrivez, lisez, chantez, gémissez, gardez le silence, priez, souffrez courageusement les adversités; la vie éternelle mérite bien tout cela et des combats encore plus grands. La paix viendra un jour qui est connu du Seigneur, et ce ne sera point un jour suivi de la nuit, comme les jours du temps présent; mais la lumière y sera perpétuelle, la clarté infinie, la paix solide et le repos assuré. Vous ne direz pas alors: Qui me délivrera de ce corps de mort? Vous ne vous écrierez plus: Hélas! que mon exil est long!

«Il faut que vous soyez encore éprouvé sur la terre et exercé en diverses manières. Il vous sera donné de temps en temps quelque consolation, mais il ne vous sera pas accordé une pleine satiété. Prenez donc des forces, et armez-vous de courage, tant pour agir que pour souffrir ce qui est contraire à la nature. Il faut vous revêtir de l'homme nouveau et devenir un autre homme. Il faut que vous fassiez souvent ce que vous ne voudriez pas faire et que vous abandonniez ce que vous voudriez faire. Ce qui plaît aux autres réussira, et ce qui vous plaît n'aura point de succès; on écoutera les discours des autres, et les vôtres seront comptés pour rien; les autres demanderont, et ils recevront; vous demanderez, et vous n'obtiendrez pas.

«On parlera des autres avec de grands éloges, et l'on ne parlera pas de vous; on confiera aux autres telle ou telle affaire, et l'on vous jugera propre à rien. La nature s'en attristera quelquefois, et ce sera beaucoup si vous le supportez sans vous plaindre. C'est par ces choses et par une infinité d'autres semblables que le Seigneur a coutume d'éprouver jusqu'à quel point son fidèle serviteur fait abnégation de lui même et rompt en tout avec sa propre volonté.»

Puis vient la magnifique opposition entre ce que le philosophe appelle la nature et ce que Dieu appelle la grâce, c'est-à-dire le don intellectuel conquis par l'humble, accordé par Dieu. Nous donnons le passage presque entier, comme la plus complète et la plus pieuse définition de la philosophie de la lutte, de l'abnégation, de la douleur divinisée:

«Mon fils, dit le Maître, observez bien les mouvements opposés de la nature et de la grâce. À peine peuvent-ils être discernés, si ce n'est par un homme spirituel, intérieur et éclairé d'en haut. Tous, à la vérité, désirent le bien et se le proposent dans leurs paroles ou dans leurs actions; c'est ce qui fait que plusieurs sont trompés dans l'apparence du bien.

«La nature est artificieuse: elle en attire plusieurs, les engage dans ses filets et les séduit; elle n'a jamais d'autre fin qu'elle-même. La grâce, au contraire, marche avec simplicité, et fuit jusqu'à la moindre apparence du mal: elle ne tend point de piéges, et fait toutes choses purement pour Dieu, en qui elle se repose comme en sa dernière fin.

«La nature meurt à regret, et ne veut être ni gênée, ni domptée, ni abaissée, ni soumise volontairement au joug: la grâce, au contraire, porte à la mortification, à résister à la sensualité, à chercher à être dans la dépendance, à désirer de se vaincre, et à ne vouloir faire aucun usage de sa liberté; elle aime à être retenue sous la discipline, et ne désire de dominer sur personne; mais elle est disposée à vivre, à demeurer, à être toujours sous la dépendance de Dieu, et à se soumettre humblement pour l'amour de Dieu à toutes sortes de personnes.

«La nature travaille pour son propre intérêt et considère quel avantage elle peut tirer d'autrui: la grâce, au contraire, examine, non ce qui lui est utile et avantageux, mais plutôt ce qui peut servir à plusieurs.

«La nature aime à recevoir des honneurs et des respects; mais la grâce est fidèle à renvoyer à Dieu tout honneur et toute gloire.