Voici ce qui s'était passé:
Quand Boris arriva à la demeure de sa fiancée, il n'y avait là, par extraordinaire, aucun visiteur, et le solitaire Étienne ne se promenait point, selon sa coutume. Il était souffrant et à demi couché dans un grand fauteuil. En voyant entrer Boris, il balbutia quelques mots, lui indiqua du doigt la table sur laquelle il y avait des flacons en permanence, et ferma les yeux. Boris s'assit près de Viéra, engagea avec elle la conversation à voix basse, et d'abord lui parla de l'état de son père.
«Ah! dit la jeune fille, c'est une chose terrible pour moi, quand il est malade. Il ne se plaint pas, il ne demande rien; il ne prononce pas un mot... Il souffre et ne veut pas le dire.
—Et vous l'aimez beaucoup!
—Qui, mon père? Plus que tout au monde. Que Dieu me préserve du malheur de le perdre! J'en mourrais.
—Ainsi, vous ne pourriez vous résoudre à vous séparer de lui?
—Et pourquoi me séparerais-je de lui?»
Boris fixa sur elle un regard pensif.
«Une jeune fille, reprit-il, ne peut cependant rester toujours dans la maison paternelle.
—Quelle idée... Mais je suis bien tranquille. Qui pourrait m'enlever?»