—À votre aise! murmura le cordonnier en clignant de nouveau les yeux.
—Tu t'es donc encore enivré, reprit Gabriel.
—Pour fortifier ma santé, je suis obligé de prendre quelques spiritueux.
—Pour fortifier ta santé... Ah! tu mériterais d'être châtié d'une façon exemplaire... Et il a vécu à Pétersbourg! et il se vante d'y avoir acquis une haute instruction! Mais tu ne mérites pas le pain que tu manges!
—Gabriel Andréitch, répliqua Klimof, je ne reconnais qu'un juge dans cette question: Dieu seul, et pas un autre. Dieu seul sait ce que je vaux et si je ne mérite pas le pain qu'il me donne. Quant au reproche que vous m'avez fait de m'être enivré, ce n'est pas moi qui suis en cette occasion le principal coupable. C'est un de mes compagnons qui m'a entraîné, puis il a disparu au moment opportun.... et moi....
—Et toi, tu t'es laissé conduire comme une oie, indigne débauché que tu es. Mais il ne s'agit pas de cela aujourd'hui.... Il s'agit d'un projet.... La baruinia.... la baruinia a envie de te marier. Elle pense que le mariage t'amènera à une conduite plus régulière... M'entends-tu?
—Certainement; donc?...
—Moi, je pense qu'il vaudrait mieux t'administrer une bonne punition. Mais notre maîtresse a d'autres idées. Acceptes-tu?
—Se marier, répondit le cordonnier en souriant, est une chose fort agréable pour l'homme, et pour mon propre compte, je suis prêt avec le plus grand plaisir à prendre une épouse.
—Bien! répliqua Gabriel... et en lui-même il pensait: Il faut l'avouer. Cet homme s'exprime avec éloquence. Mais, reprit-il à haute voix, je ne sais si la femme qu'on te destine te conviendra.