«Va! va! criait Gabriel du milieu de la cour, prends garde à toi!»
Le redoutable portier était debout, sur le seuil de sa chambre, et regardait, immobile, ces hommes chétifs et mesquinement vêtus. Avec sa haute taille, ses mains robustes appuyées sur ses flancs, et sa chemise rouge de paysan, il apparaissait en face d'eux comme un géant en face d'une troupe de nains.
Gabriel fit un pas en avant.
«Prends garde! dit-il, pas d'insolence!»
Alors il se mit à expliquer à Guérassime aussi bien que possible, par signes, qu'il devait, pour complaire aux volontés expresses de la baruinia, sacrifier son chien, et que s'il s'y refusait, il lui arriverait malheur.
Guérassime le regarda, puis du doigt montra Moumou, puis promena sa main autour de son cou comme s'il y mettait une corde et faisait un nœud coulant, et de nouveau regarda le majordome.
«Oui, oui, c'est cela même,» dit Gabriel en hochant la tête.
Guérassime baissa le front, puis aussitôt le relevant brusquement, regarda encore Moumou, qui pendant ce temps était restée près de lui agitant innocemment la queue et dressant avec curiosité l'oreille, répéta le signe qu'il avait déjà fait autour de son cou, et se frappa la poitrine comme pour dire qu'il se chargeait lui-même de cette cruelle exécution.
Gabriel lui fit comprendre par un autre signe qu'il n'osait se fier à sa promesse.
Guérassime le regarda fixement avec un sourire de mépris, se frappa de nouveau la poitrine, rentra dans sa chambre et referma sa porte.