Tous les gens réunis autour de lui restèrent immobiles.
«Qu'est-ce que cela signifie? s'écria Gabriel. Le voilà qui est encore enfermé.
—Laissez-le tranquille, répliqua Étienne. S'il vous a fait une promesse, il la tiendra. Voilà comme il est. Quand il a pris un engagement, on peut s'y, fier. En cela il n'est pas comme nous autres dvorovi, il faut dire la vérité.
—Oui, répétèrent les autres domestiques, Étienne a raison.
—Oui, répéta le sommelier, qui venait de rouvrir sa fenêtre.
—Soit, dit Gabriel. Mais nous n'en devons pas moins être sur nos gardes.... Viens ici, Erochka, ajouta-t-il en s'adressant à un pâle garçon, vêtu d'une jaquette jaune, qui prenait le titre de jardinier.... prends un bâton, assieds-toi là, et dès qu'il arrivera quelque chose, viens me prévenir au plus vite.»
Erochka se posa sur la dernière marche de l'escalier. La troupe, assemblée un instant auparavant, se dispersa, à l'exception de quelques enfants et de quelques curieux. Gabriel rentra à la maison et, par l'entremise de Lioubov, fit dire à la baruinia que ses volontés étaient accomplies.
La délicate veuve replia un des coins de son mouchoir, y versa de l'eau de Cologne, se frotta les tempes, but une tasse de thé et, comme elle était encore sous l'influence des gouttes soporifiques, elle se rendormit.
Une heure environ s'écoula. La porte devant laquelle il y avait eu tant de mouvement s'ouvrit, et Guérassime apparut. Il était revêtu de son habit des dimanches et tenait en laisse Moumou. Erochka se rangea à son approche et le laissa passer. Les enfants et les valets qui se trouvaient encore dans la cour l'observaient en silence. Il marcha gravement sans se détourner, et ne mit son bonnet sur sa tête que lorsqu'il fut dans la rue. Erochka le vit entrer avec son chien dans un cabaret et se posta près de là pour épier sa sortie.
Le muet était connu dans ce cabaret. On y comprenait ses signes. Il demanda des choux, du bœuf, et s'assit les coudes sur la table. Moumou était près de lui, le regardant tranquillement avec ses bons yeux tendres. Son poil était poli et luisant, on voyait qu'elle avait été tout récemment lavée et essuyée.