—C'est vous qui pensez ainsi, répliqua Lemm, parce que, vraisemblablement, l'expérience...»
Il s'arrêta tout à coup et se détourna d'un air embarrassé. Lavretzky se prit à rire avec contrainte, mais se détourna aussi et porta ses regards vers la route.
Les étoiles commençaient déjà à pâlir, et le ciel blanchissait quand la calèche s'arrêta devant le perron de la petite maison de Wassiliewskoé. Lavretzky conduisit son hôte jusqu'à la chambre qui lui était destinée, revint dans son cabinet et s'assit devant la fenêtre. Au jardin, le rossignol adressait son dernier chant à l'aurore. Lavretzky se souvint que, dans le jardin des Kalitine, le rossignol chantait aussi; il se souvint du mouvement lent des yeux de Lise lorsqu'ils se dirigèrent vers la sombre fenêtre par laquelle les chants pénétraient dans la pièce. Sa pensée s'arrêta sur elle, et son cœur reprit un peu de calme: «Pure jeune fille!» prononça-t-il à demi-voix... «Pures étoiles!» ajouta-t-il avec un sourire. Puis il alla se coucher en paix.
Lemm, de son côté, resta longtemps assis sur son lit, un papier de musique sur les genoux. Il semblait qu'une mélodie inconnue et douce allait jaillir de son cerveau. Brûlant, agité, il ressentait déjà la douceur enivrante de l'enfantement... Mais, hélas! il attendit en vain.
«Ni poëte ni musicien!» murmura-t-il.
Et sa tête fatiguée s'affaissa pesamment sur l'oreiller.
Le lendemain matin, Lavretzky et son hôte prenaient le thé au jardin, sous un vieux tilleul.
«Maestro, dit entre autres choses Lavretzky, vous aurez bientôt à composer une cantate solennelle.
—À quelle occasion?
—À l'occasion du mariage de M. Panchine et de mademoiselle Lise. Avez-vous remarqué comme il était hier attentif auprès d'elle? Il paraît que l'affaire est en bon train.