—Cela ne sera pas! s'écria Lemm.

—Pourquoi?

—Parce que c'est impossible. Du reste, ajouta-t-il un instant après, dans ce monde, tout est possible, surtout ici, chez vous, en Russie.

—Laissons, si vous le voulez bien, la Russie de côté, mais que trouvez-vous de mauvais dans ce mariage?

—Tout est mauvais, tout. Mademoiselle Lise est une jeune fille sensée, sérieuse. Elle a des sentiments élevés. Et lui..., c'est un dilettante, c'est tout dire.

—Mais elle l'aime.»

Le maestro se leva soudain.

«Non, elle ne l'aime pas, dit-il. C'est-à-dire, elle est très-pure de cœur et elle ne sait pas elle-même ce que cela signifie, aimer. Madame von Kalitine lui dit que le jeune homme est bien. Elle a confiance en madame von Kalitine, parce que, malgré ses dix-neuf ans, elle n'est qu'un enfant... Le matin, elle prie; le soir, elle prie encore. Tout cela est fort bien, mais elle ne l'aime pas. Elle ne peut aimer que le beau, et lui n'est pas beau, je veux dire, son âme n'est pas belle.»

Lemm parlait rapidement, avec feu, tout en marchant à petits pas en long et en large devant la table à thé. Ses yeux semblaient courir sur le sol.

«Mon cher maestro, dit tout à coup Lavretzky, il me semble que vous êtes vous-même amoureux de ma cousine.»