«Où me conduisez-vous aujourd'hui? demanda Boris, qui avait attendu cette seconde invitation avec une certaine impatience, et qui se hâta de faire atteler son traîneau, car l'hiver était venu et les voitures étaient remisées pour plusieurs mois.

—Je veux vous présenter dans une très-honorable maison, à Tikodouïef. Le maître de cette maison est un excellent homme qui s'est retiré du service avec le grade de colonel. Sa femme est une personne fort recommandable, et il y a là deux jeunes filles fort gracieuses, qui ont reçu une éducation du premier ordre et qui, en outre, ont de la fortune. Je ne sais laquelle des deux vous plaira le plus. L'une est vive et animée, l'autre un peu trop timide; mais toutes deux sont de vrais modèles. Vous verrez.

—Et comment s'appelle le père?

—Calimon Ivanitch.

—Calimon! Quel singulier nom. Et la mère?

—Pélagie Ivanovna. L'une de ses filles s'appelle aussi Pélagie; l'autre Émérance.

Quelques jours se passèrent. Boris s'attendait à être promptement invité à une autre excursion; mais Pierre semblait avoir renoncé à ses projets. Pour l'y ramener, Boris se mit à parler de la jeune veuve et de la famille Calimon. Il disait qu'on ne pouvait bien juger les choses en un premier aperçu, qu'il faudrait revoir, et il faisait d'autres insinuations que le cruel Pierre s'obstinait à ne pas vouloir comprendre. À la fin, Boris, impatienté de cette froide réserve, lui dit un matin:

«Eh quoi! mon ami, est-ce à moi à présent de vous rappeler vos promesses?

—Quelles promesses?

—Ne vous souvenez-vous plus que vous voulez me marier? J'attends.