—Et pourquoi?
—Parce qu'elle est trop simple.
—Tant mieux!
—Et son père est si bizarre!
—Qu'importe? Allons, Pierre Vasilitch, allons, mon bon ami, faites-moi connaître Melle... Comment l'appelez-vous?
—Viéra Barçoukova.»
Boris insista tellement, que Pierre, finit par lui promettre de le conduire dans la maison de la jeune fille.
Le surlendemain, ils étaient en route. Étienne Barçoukof était en effet, comme Pierre l'avait dit, un homme de la nature la plus bizarre. Après avoir achevé d'une façon brillante son éducation dans l'un des établissements de la couronne, il était entré dans la marine, et y avait acquis promptement une notable distinction; puis, un beau jour, il avait tout à coup quitté le service pour se retirer dans son domaine, pour se marier; puis, ayant perdu sa femme, il était devenu si sauvage qu'il ne faisait plus aucune visite et ne sortait pas même de sa demeure. Chaque jour, enveloppé dans sa touloupe, les pieds dans des babouches, les mains dans ses poches, il se promenait de long en large dans sa chambre, en fredonnant ou en sifflant, et à tout ce qu'on lui disait il ne répondait que par un sourire et une exclamation: «Braou! braou!» ce qui, pour lui, signifiait Bravo! bravo!
Ses voisins aimaient à venir le voir, car, avec toute son étrangeté, il était très-bon et très-hospitalier. Si un ami, à sa table, lui disait: «Savez-vous, Étienne, qu'au dernier marché de la ville le seigle s'est vendu trente roubles?
—Braou! braou! répondait Étienne, qui venait de livrer le sien à moitié prix.