«Et, dit la mère Orchel, Sûzel qui pensait vous servir des radis un de ces jours!

—Que voulez-vous, répondit Fritz, je ne demanderais pas mieux que de rester; mais j'ai de l'argent à recevoir, des quittances à donner; j'ai peut-être des lettres qui m'attendent. Et puis, dans une quinzaine, je reviendrai poser les grilles, alors je verrai tout ce que vous me dites.

—Enfin, puisqu'il le faut, dit le fermier, n'en parlons plus; mais c'est fâcheux tout de même.

—Sans doute, Christel; je le regrette aussi.»

La petite Sûzel ne dit rien, mais elle paraissait toute triste, et ce soir-là Kobus, fumant comme d'habitude une pipe à sa fenêtre, avant de se coucher, ne l'entendit pas chanter de sa jolie voix de fauvette, en lavant la vaisselle. Le ciel, à droite, vers Hunebourg, était rouge comme une braise, tandis que les coteaux en face, à l'autre bout de l'horizon, passaient des teintes d'azur au violet sombre, et finissaient par disparaître dans l'abîme.

La rivière, au fond de la vallée, fourmillait de poussière d'or; et les saules, avec leurs longues feuilles pendantes, les joncs avec leurs flèches aiguës, les osiers et les trembles, papillotant à la brise, se dessinaient en larges hachures noires sur ce fond lumineux. Un oiseau des marais, quelque martin-pêcheur sans doute, jetait de seconde en seconde, dans le silence, son cri bizarre. Puis tout se tut, et Fritz se coucha.

Le lendemain, à huit heures, il avait déjeuné, et debout, le bâton à la main devant la ferme, avec le vieil anabaptiste et la mère Orchel, il allait partir.

«Mais où donc est Sûzel? s'écria-t-il; je ne l'ai pas encore vue ce matin.

—Elle doit être à l'étable ou dans la cour, dit la fermière.

—Eh bien, allez la chercher; je ne puis quitter Meisenthâl sans lui dire adieu.»